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Marie-Lise Brunel, Jacques Cosnier : L’empathie. Un sixième sens (PUL) / Revue Pulp N°1 Dossier Féminin / masculin

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Si le sentiment est universel, le terme est relativement récent, il apparaît dans le contexte du romantisme allemand, c’est l’Einfühlung , le sentiment de la nature mais aussi l’expérience esthétique de l’œuvre d’art dans la communion de sensation avec elle, et très vite le terme va rejoindre le domaine de la philosophie et des sciences de l’âme naissantes. Husserl en fait grand usage dans sa phénoménologie et Freud l’emploie pour désigner la communauté de représentation et d’affect qui s’instaure entre le patient et le psychanalyste. Le mot passe à l’anglais, où il est traduit par empathy , et définitivement adopté par la psychologie, c’est ensuite sa transposition littérale qui fait son apparition en français dans les années 60. Curieusement, s’il est parti du romantisme, ce beau sentiment d’ouverture à l’autre, de compassion et de partage, n’a pas vraiment inspiré la littérature, exercice sans doute trop égocentré pour lui faire place seul parmi quelques autres Christian Bobin en parle dans *La lumière du monde * : « L'empathie – écrit-il – c'est, à la vitesse de l'éclair, sentir ce que l'autre sent et savoir qu'on ne se trompe pas, comme si le cœur bondissait de la poitrine pour se loger dans la poitrine de l'autre… C'est l'art double de la plus grande proximité et de la distance sacrée. Sans le cœur, il n'y a pas d'empathie, car avoir du cœur, c'est sortir de soi, mais s’il faut ressentir l'autre jusqu'à presque le devenir, il faut en même temps maintenir une distance sous peine de sombrer dans la fusion. »

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Les auteurs suivent sa riche trajectoire dans les sciences de l’homme et de l’esprit, jusqu’à la neurophysiologie cognitive et les différents courants de ce qu’on appelle la psychothérapie humaniste, qui s’est développée outre-Manche et outre-Atlantique comme une alternative à la psychanalyse et aux thérapies comportementales. Le concept « nomade » concerne aujourd’hui l’ensemble des sciences humaines et il a trouvé une base dans les neurosciences avec la découverte des fameux « neurones miroirs », qui induisent « une forme de contagion motrice ou émotionnelle – je cite Alain Berthoz qui a consacré un livre à l’empathie – de mise en résonnance des répertoires d’action par l’observation des actions d’autrui ». Il va sans dire que leur rôle est considérable dans l’apprentissage et les interactions mère-enfant. De nombreux animaux font preuve de cette aptitude et d’ailleurs c’est en observant les relations entre le macaque et l’homme que le médecin et biologiste italien Giacomo Rizzolatti a mis en évidence l’existence des neurones miroirs.

C’est dans le domaine de la communication que l’importance de l’empathie comme pratique sociale est apparue primordiale, notamment en situation de conversation, au strict point de vue sémantique, pour éviter les malentendus, mais aussi à travers l’écho que nous ajoutons à l’échange verbal par toute une série de gestes et de mouvements du corps pour appuyer l’interaction : regards, mimiques, hochements de tête, expressions du visage, mouvements des bras et du buste. Les auteurs définissent l’empathie dans ce contexte comme « la fonction coordinatrice du non-verbal », celle qui assure « la régulation et la maintenance des tours de parole ». Celle aussi qui au point de vue du sens permet de saisir l’intention de l’autre lorsqu’il déclare – exemple trivial – qu’il est en panne d’essence, de manière à lui indiquer la station-service la plus proche au lieu de se contenter d’opiner du chef…

Christian Bobin le signalait dans l’extrait que j’ai cité, il y a risque d’aliénation dans l’empathie, que connaissent bien ceux qui travaillent à l’hôpital. C’est pour prévenir ce risque qu’ont été créés des groupes de parole centrés sur la compréhension émotionnelle des patients et d’eux-mêmes. Il y a aussi une pathologie de l’empathie, dont les exemples les plus célèbres sont le « syndrome de Stockholm » qui désigne le comportement paradoxal des victimes de prise d’otages à l’égard de leurs geôliers, empreint de sympathie, ainsi que le dénommé « effet Werther » qui renvoie au phénomène de contagion sociale provoqué par la médiatisation d’un suicide. On peut rêver, mais si l’on infiltrait des praticiens de la psychothérapie humaniste et du counseling dans les milieux de kamikazes et autres auteurs d’attentats suicides, peut-être que ça serait plus efficace et que ça ferait moins de victimes collatérales que les drones.

Jacques Munier

empathie
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A retrouver dans l’Essai et la revue du jour

Jacques Hochmann : Une histoire de l’empathie (Odile Jacob)

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-une-histoire-de-l%E2%80%99empathie-revue-gradhiva-2012-05-21

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Revue Pulp N°1 Dossier Féminin / masculin

http://www.pemf.fr/pdf/PULPmailing.pdf

http://revue-pulp.fr/author/redaction/

Une nouvelle revue - un mook - trimestrielle, consacrée à l’image sous toutes ses formes et toutes ses coutures, avec, pour cette première livraison une thématique particulièrement visuelle Féminin / masculin, en écho à l’exposition du musée d’Orsay « Masculin/masculin, l’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours »… Alors s’il est vrai que Dieu a créé l’homme à son image, il semble bien que les premières représentations anthropomorphes aient été féminines (les fameuses déesses mères aux formes généreuses) et la revue pose la question : « Dieu est-il vraiment un homme ? »

Avec des « Femen », des sorcières, l’hermaphrodite du Louvre pile et face, l’ambiguïté homme-femme, un entretien avec Shadi Ghadiran, la photographe iranienne qui fait poser des femmes en voile intégral affublées à la place du visage d’ustensiles en tout genre…

Et des chroniques joliment déjantées comme le cabinet de curiosités du Dr. Schmürtz, ou l’art du détournement des pubs et des couv

Une revue culturelle qui se destine aux ados de 15 à 25 ans**…**