France Culture
France Culture
Publicité

Jean Bérard : La justice en procès. Les mouvements de contestation face au système pénal (1968-1983) (Presses de SciencesPo.) / Revue Eurorient N°41 Dossier Syrie (L’Harmattan)

eurorient
eurorient
justice
justice

Le 10 mai 1968, la veille de la nuit des barricades, une manifestation partie de la place Denfert-Rochereau s’est donnée un itinéraire balisé par les symboles du pouvoir : la prison de la Santé, la Maison de la radio, le Palais de justice, « symboles – dit-on alors – de l’Etat gendarme et censeur ». Passée devant la Santé, la manif scande le slogan « Libérez nos camarades » mais les mouchoirs blancs agités depuis les fenêtres des cellules n’arrêteront pas longtemps les manifestants. Comme le rappelle Jean Bérard, « entre les camarades emprisonnés et les prisonniers comme camarades se dresse une barrière théorique imposante : l’analyse historique canonique de Marx, qui fait des prisonniers de droit commun un Lumpenproletariat foncièrement déviant et réactionnaire ». Plus tard viendra le GIP, le Groupe d’information sur les prisons, qui fera des conditions de détention une question politique en récusant la distinction parmi les détenus entre politique et droit commun mais l’histoire illustre la disparité, voire la divergence des positions à l’égard de la justice et des institutions pénales de la part des mouvements militants et des partis qui ont fait de la critique de ces institutions leur combat partiel ou exclusif. Entre les abolitionnistes en matière carcérale et les féministes ou les homosexuels qui souhaitent incriminer et pénaliser des comportements comme les agressions sexuelles ou l’homophobie, la marge est considérable. De même que sur le terrain politique, à gauche, entre ceux qui récusent l’importance des questions liées à l’insécurité et considèrent la répression pénale comme une forme d’inégalité, et ceux qui souhaitent contribuer au débat en insistant sur la prévention par opposition au tout répressif de la droite.

Publicité

Significatif est à cet égard l’aveu de Lionel Jospin, premier ministre et candidat aux présidentielles, en mars 2002 : « J’ai péché un peu par naïveté – disait-il – non par rapport à l’insécurité, mais je me disais que si on fait reculer le chômage, on fera reculer l’insécurité. Or 928 000 personnes ont retrouvé un emploi et cela n’a pas eu d’effet direct sur l’insécurité ». Le raisonnement est typique d’une grande partie de la gauche, qui estime que la question de la délinquance est secondaire par rapport à la question sociale et que la réduction des inégalités entraînera nécessairement un reflux de la criminalité. C’est Michel Foucault qui, d’un même mouvement, fera entrer la question carcérale en politique et même au Collège de France avec son cours de 1972 sur « la société punitive », et qui modifiera en profondeur le rôle de l’intellectuel, rompant à la fois avec le marxisme et la conception sartrienne de l’engagement. Si elle s’inscrit dans la foulée des luttes des militants emprisonnés, l’action menée par le GIP est plus proche de la série de mutineries qui agitent les prisons françaises au début de l’année 1972. Elle prend également ses distances avec la position des groupes radicaux qui font de la contestation du système judiciaire une modalité de l’action révolutionnaire, et de la justice un instrument du pouvoir. Comme son nom l’indique, le GIP se donnait pour tâche de faire sortir l’information de l’espace fermé des prisons en sollicitant les détenus eux-mêmes et en se gardant de leur confisquer ce savoir « infra-politique », préfigurant en quelque sorte ce que Bourdieu appellera un « intellectuel collectif ». Et l’une des revendications affirmées dans ces prises de paroles de taulards concerne « la protection juridique des détenus à l’intérieur de la prison », annonçant d’autres formes de contestation du système judiciaire, celles qui prennent appui sur la Justice pour le réformer de l’intérieur.

Le Syndicat de la magistrature, né en 1968, illustre parfaitement cette position, en reconnaissant les droits des détenus et en prônant une politique pénale de réduction du recours à l’incarcération. Après les révoltes de 1974 et l’affaire Mirval – un jeune antillais, incarcéré pour un délit mineur, mort étouffé lors d’une immobilisation musclée pendant son transfert au quartier disciplinaire de Fleury-Mérogis – il estimera nécessaire d’accorder « un vrai statut aux détenus » et d’instaurer un contrôle des directions d’établissement. Il sera rejoint sur ces positions par l’Union fédérale des magistrats, organisation majoritaire des magistrats, qui partage l’idée qu’il faut restreindre le recours à la prison en imaginant des peines substitutives et améliorer les conditions de vie des détenus.

A l’heure où les surveillants de prison manifestent pour exprimer leur ras-le-bol à l’égard d’une politique carcérale en déroute face à une surpopulation qui ne cesse de s’aggraver, il peut être utile de se souvenir que des syndicats comme la CGT-pénitentiaire disait, à rebours de la ligne disciplinaire dure des autres organisations, son opposition à un « système d’humiliation et de peur réciproque ». Une mise en perspective qui est tout l’objet de ce livre, qui « tente de poser quelques questions d’histoire au fonctionnement de la justice pénale ».

Jacques Munier

farge
farge

A lire aussi :

Arlette Farge : Condamnés au XVIIIe siècle (Le Bord de l’eau)

Pour ceux qui veulent remonter dans le temps, à une époque où la prison n’existait pratiquement pas et servait de dépôt, le temps d’une condamnation, retour sur la justice pénale d’Ancien Régime, avant ce moment de passage décrit par Foucault dans Surveiller et punir , le passage des peines physiques et suppliciantes à l’enfermement à temps ou à perpétuité

Revue Eurorient N°41 Dossier Syrie (L’Harmattan)

La régionalisation et les enjeux internationaux d’une guerre imposée, dossier dirigé par Jean-Paul Burdy et Emel Parlar Dal

http://www.eurorient.net/

Jean-Paul Burdy :

La Syrie, du Mandat au Baas et à la guerre civile.

Chronologie générale commentée 1918-2010 et 2011-2013

Fabrice Balanche :

Syrie : guerre civile et internationalisation du conflit ...87

David Rigoulet-Roze :

La sanctuarisation du Djebel alaouite, préfiguration d’un néo-État

alaouite ou une forme de « retour vers le futur » de la période mandataire ? ...111

Sami Moubayed :

Assessing the balance sheet of Syria (2011-2013) ...141

Jean Marcou :

Piège syrien pour la Turquie :

le gouvernement de l’AKP face à l’effondrement du régime de Damas depuis 2011 ...157

Daniel Meier :

La stratégie du régime Assad au Liban entre 1970 et 2013.

Du pouvoir symbolique à la coercition ...171

Masri Feki:

L’Iran et la Syrie, de l’alliance de 1979 à la dépendance de 2013.

Retour sur trente ans d’une relation paradoxale ...189

Roland Lombardi :

La résilience du régime de Damas et les perceptions israéliennes des évolutions syriennes ...207

Gonca Oguz Gök :

Syria’s « Exceptionalism » in the Arab Spring compared to Egypt :

Domestic Politics, Big Power Rivalry and Beyond ...229

Rukiye Tinas :

De l’engagement libyen à la crise syrienne :

des contradictions et des tentatives de rattrapage de la diplomatie française ? ...253

Pierre Berthelot : :La Syrie et la Russie :

les paramètres d’une relation spéciale face au Moyen-Orient changeant ...291

Helin Sari Ertem : :Assessing the U.S. Inaction in Syria :

The Limits of « Leading From Behind »in the Arab Spring ...305

Jean-Paul Burdy et Emel Parlar Dal :

Conclusion générale au dossier ...331

Jean-Paul Burdy :

Document : déclaration de Damas :

pour le changement national et démocratique Collectif- 16 octobre 2005 ...337

Ata Ayati :

Les minorités religieuses et ethniques en Syrie

vues par des rapports diplomatiques français en 1964 ...343

L’Institut des Cultures d’Islam & Souria Houria

Vous invite à

l’Art pour la liberté au peuple syrien

LA POÉSIE DE MARAM AL MASRI Mercredi 19 juin – 19h30 Lecture d’extraits des recueils de poésie de l’écrivain franco-syrienne Maram al Masri : La robe froissée, Par la fontaine de ma bouche et Elle va nue la Liberté (ed. Bruno Doucey) par Maram al Masri (arabe) et l’actrice Garance Clavel (français). Lecture accompagnée au violoncelle par la musicienne Marianne Babut . La lecture sera suivie d’une séance de dédicaces des ouvrages dont l’auteur cède les droits de vente aux enfants syriens via l’association SouriaHouria.

Evenement facebook LA POÉSIE DE MARAM AL MASRI

LIBRES COURTS Jeudi 20 juin – 19h30 Projections des courts et des moyens documentaires qui racontent la Syrie avant et pendant la révolution, sélectionnés et présentés par la réalisatrice syrienne Hala Abdalla . Séance suivie d’un débat avec le public en présence d’Hala Abdalla et de jeunes activistes syriens (sous réserve)

Evenement Facebook LIBRES COURTS: courts métrages de la révolution syrienne

SOUTOUR Vendredi 21 juin – 21h00 Le jeune groupe franco-syrien Soutour, réuni autour du soutien au peuple syrien propose des reprises de musique traditionnelle syrienne, particulièrement des chants de la révolution. Soutour est composé de Canaan Touleimat (Chant, Oud), Antoine Akhrass (Oud), Philippe Benbyi Alegre (Guitare), Iyad Sarhid (Percussions), Marianne Babut (Violoncelle). Le cachet des artistes est reversé à l’association Sabil, association s’investissant solidairement pour les réfugiés syriens vivant au Liban

Brunch littéraire TREIZE ANS DANS LES PRISONS SYRIENNES Samedi 22 juin – 12h00 Lecture d’extraits des ouvrages Treize ans dans les prisons syriennes (éd. Actes Sud) et La coquille (éd. Actes Sud) par l’actrice syro-libanaise Darina al Joundi suivie d’une discussion entre Nathalie Bontemps , traductrice et Farouk Mardam Bey , éditeur chez Actes Sud sur le thème de la littérature de la prison en Syrie.

Evenement Facebook : Brunch littéraire: TREIZE ANS DANS LES PRISONS SYRIENNES

Institut des Cultures de l’Islame

19-23 rue Léon – 75018 Paris

Métro Château d'eau

Pour voir le programme http://souriahouria.com/19-au-22-juin-paris-lart-pour-la-liberte-au-peuple-syrien/

Merci pour votre soutien et de l'intérêt que vous portez à notre association

Souria Houria (Syrie Liberté)

Info@souriahouria.com

**Contacts et autres liens de SouriaHouria ** **: **

Notre site web Site : http://souriahouria.com

Suivez nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/SouriaHouriacom-سورية-حرية/154140297996399

Suivez nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/SouriaHouriaFR

Voir tous nos vidéos sur Youtube : http://www.youtube.com/user/SouriaHouria

Voir toutes nos photos sur Facebook : https://www.facebook.com/media/albums/?id=154140297996399

Adresse email :

info@souriahouria.com (Paris)

Info.lyon@souriahouria.com

Info.lille@souriahouria.com

Info.brest@souriahouria.com

Soutien aux prisonniers politique en Syrie : https://www.facebook.com/pages/ٍSoutien-aux-Prisonniers-Politiques-en-Syrie-دعم-معتقلي-الرأي-في-سوريا/227845760583165

Appel solidarité Syrie : http://appelsolidaritesyrie.free.fr

L'équipe