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ves Clot et Michel Gollac : Le travail peut-il devenir supportable ? (Armand Colin) / Revue Tiers Monde N°217 Dossier Travail, femmes et migrations dans les suds (Armand Colin)

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Le travail insupportable, faut-il le rappeler, c’est celui qui provoque le stress, la perte d’estime de soi, la perte d’identité, les difficultés relationnelles, le burn-out, la dépression et même le suicide. Les auteurs passent en revue les nombreuses actions mises en œuvre pour réduire les risques psychosociaux et améliorer la santé au travail, et déplorent qu’elles reposent pour la plupart sur la recherche d’une meilleure adaptation des travailleurs à leur travail, sans que ce travail ne change. Ils dénoncent – je cite – ces « plans d’action qui laissent le plus souvent l’action en plan » et plaident pour plus de démocratie dans l’entreprise. Ils ont conjugué leurs différentes approches et confronté leurs conceptions et celles de leurs disciplines respectives. Michel Gollac est sociologue, spécialiste de la souffrance au travail, il apporte notamment la connaissance statistique du problème et celle que fournissent les enquêtes de sociologie du travail. Titulaire de la chaire de psychologie du travail au CNAM, Yves Clot est quant à lui un défenseur de l’approche dite de « la clinique du travail » pour laquelle c’est aussi le travail lui-même qui doit être soigné.

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D’une manière générale, les actions supposées réduire les risques psychosociaux et les maladies professionnelles visent, sous couvert d’une injonction à l’autonomie, à rendre le salarié responsable de sa situation, et le nouveau management s’en est même servi comme paravent à une intensification du travail. Au bazar de l’adaptation, on trouve de tout : des conseils pratiques pour gérer son stress en respirant un grand coup ou en arrêtant de fumer ou de boire du café jusqu’aux interventions de psychologues, voire de psychanalystes qui posent des problèmes éthiques lorsqu’elles sont commanditées par l’entreprise, en passant par les « numéros verts » pour les salariés en « détresse psychologique » ou les « tickets psy » ouvrant droit à des consultations avec des psychiatres ou des psychologues cliniciens. Nombre de ces pratiques sont inspirées par la théorie transactionnelle et mettent en œuvre des outils dérivés de la psychologie comportementale et cognitive pour aboutir à une sorte de « psychiatrisation de masse » incompatible avec les principes d’une société démocratique, et surtout qui évitent soigneusement la question du travail lui-même et de ses conditions d’exercice. « Il ne s’agit plus seulement – constatent les auteurs – d’adapter l’homme au travail pour ne pas avoir à adapter le travail à l’homme. Il faut maintenant doter chacun d’un capital personnel d’adaptation, d’une compétence psychosociale à entretenir soi-même afin de pouvoir s’adapter. » ce que Robert Castel résumait ainsi : « De même que Marx a vu dans la religion le soleil d’un monde sans soleil, le psychologique est en train de devenir le social d’un monde sans social. »

Comme le montre la psychodynamique du travail, le travail est lui-même un processus de subjectivation. Le réel résiste aux normes ou aux règlements d’atelier et requiert de la part des ouvriers, mais aussi des salariés du secteur des services comme des cadres une aptitude constante à l’invention et à l’élargissement du « pouvoir d’agir », de même que les relations dans l’entreprise peuvent supposer une aptitude à affronter et résoudre les conflits qui ne passe pas seulement par leur déni au nom d’un hypothétique disposition au bonheur qu’il suffirait de cultiver dans son coin. C’est pourquoi les auteurs suggèrent plutôt d’entrer dans « la boîte noire du travail réel, toujours réalisé à plusieurs ». Au chapitre des solutions, il y a notamment l’introduction de davantage de démocratie dans l’entreprise, afin que les observations du terrain en termes de risques ou de qualité remontent mieux et soient prises en compte. C’est une question de santé publique mais aussi de modèle de société. Dans les pays du nord de l’Europe où la question du rapport au travail est envisagée sous l’angle de l’organisation et où ce qu’on appelle les « organisations apprenantes » sont privilégiées par rapport aux organisations dites « tayloriennes » ou simplement hiérarchiques, les salariés participent collectivement aux décisions, travaillent de façon coopérative et ont la possibilité d’apprendre et de développer leurs compétences. La recherche de l’efficacité ne repose pas uniquement sur l’intensité du travail, et les résultats en matière de risques psychosociaux et de santé au travail sont éloquents. Les performances de l’entreprise également. Les auteurs relèvent en outre que tous les cas récents de scandales sanitaires, bisphénol A, viande contaminée ou prothèses défectueuses auraient pu être évités si l’on avait davantage écouté les acteurs du terrain, employés ou brigades vétérinaires.

Jacques Munier

Revue Tiers Monde N°217 Dossier Travail, femmes et migrations dans les suds (Armand Colin)

Dossier coordonné par natacha Borgeaud-Garciandia et Isabel Georges

A la croisée du travail, de la famille, du genre et des migrations, enquêtes sur une part restée largement invisible dans les flux migratoires mondiaux, notamment dans les mouvements qui n’ont pas le Nord, comme l’Europe ou les Etats-Unis pour destination finale.

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