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Edouard Le Floc’h et James Aronson : Les Arbres des déserts. Enjeux et promesses (Actes Sud) / Revue Géographie et Cultures n°85 Dossier LE NUAGE

désert
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A ceux qui aiment les arbres – et j’en suis – je recommande ce livre car les arbres des déserts condensent les qualités de leurs congénères des zones moins arides tout en développant d’étonnantes capacités à chercher l’eau là où elle se trouve, dans la terre, en brouillard ou en rosée, à la stocker quand elle manque ou même à s’en passer pendant longtemps à la manière des chameaux. Leur variété a également de quoi surprendre : mille quatre cents espèces recensées dans les déserts et sur leurs marges, et l’on trouvera dans le livre, outre cinquante photographies de ces créatures hors-normes aux allures hiératiques, baroques ou carrément loufoques comme le boojum du désert de Californie et ses formes imprévisibles, les fiches signalétiques et « biographiques » d’une vingtaine d’entre eux. Même s’ils se font plus rares dans ces régions, les auteurs rappellent que les zones désertiques couvrent quand même un tiers de la superficie totale des terres émergées, qu’elles sont loin d’être dénuées de toute forme de vie animale ou humaine, qu’elles ont longtemps été et restent pour certaines comme le Sahara des lieux de vie, parfois de refuge, le plus souvent d’échanges politiques, commerciaux, et même spirituels – un proverbe arabe ne dit-il pas que « le désert ferait un mystique même d’un âne »…

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Tous ces arbres ne sont d’ailleurs pas isolés, voire solitaires comme l’Acacia du Ténéré, dernier témoin d’un peuplement autrefois plus important et le seul à figurer sur une carte du fait de son rôle de repère pour des milliers de voyageurs depuis le Moyen Âge, qui a fini par être renversé par un camion en 1973 – on se demande par quel acharnement du sort, ou du chauffard, au beau milieu du désert – et dont la dépouille est désormais exposée dans un musée à Niamey, triste fin. La plupart se regroupent en forêts claires, en savanes boisées ou arborées, entre eux ou avec d’autres espèces. Palmiers, dattiers, baobabs, arbres à encens, à carquois ou à gomme, pin, jujubier, arganier ou tamaris sans feuille et l’étrange welwitschia, le miraculé, dont certains individus peuvent avoir atteint l’âge de 2000 ans, avec sa racine pivotante et ses racines latérales qui vont chercher l’eau au plus profond de la terre ou au plus loin en surface, tous font preuve de prodigieuses facultés pour capter l’élément nourricier de leur survie et fournir à leur tour des ressources variées. Alimentation des hommes et du bétail, même s’il faut parfois déjouer les pièges, comme avec ces cosses de Malvacée tapissées d’un duvet très toxique que les aborigènes australiens récupèrent dans les fientes des corneilles pour les cuire sous la cendre et, une fois épluchées et pilées, en faire des galettes fruits et graines diverses, sel de cuisine, beurre de karité, gomme arabique et la légendaire manne du désert qui nourrit les Hébreux de retour d’Egypte, vous trouverez toutes les recettes dans le livre. Il y a aussi la pharmacopée, avec maintes préparations et indications, ainsi qu’une réserve d’usage concernant l’abus de la gomme de Prosopis africana dont la réputation aphrodisiaque a grandement contribué à la raréfaction de l’espèce.

Certains arbres du désert ont également des pouvoirs magiques car ils mettent les hommes en relation avec les esprits, de même qu’une vocation sociale, comme les arbres à palabres qui favorisent les échanges pacificateurs, l’ombre qu’ils dispensent étant apaisante et propice à la conciliation, autant que rafraîchissante au voyageur ou au berger. Ces bienfaits symboliques n’épuisent pas les ressources multiples des arbres du désert, lesquels ont en réserve des salves d’avenir. Nos ancêtres les plus reculés avaient su reconnaître et sélectionner les espèces les plus adaptées pour répondre à un besoin précis afin de les reproduire, comme les arganiers au Maroc, donnant ainsi naissance à tout un pan de l’agriculture. Aujourd’hui, des essais de domestication et de production agricole sont en cours dans différents pays désertiques, comme le sud d’Israël.

Jacques Munier

nuages
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Revue Géographie et Cultures n°85 LE NUAGE

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=numero&no=42119&no_revue=17

Dossier coordonné par Martine Tabeaud

« Si les signes du Ciel ont souvent une connotation funeste, les nuages invitent à une contemplation plus sereine. Regarde le ciel ! Ce musée imaginaire est la réponse suggérée par les rêveurs philosophes (Bachelard, Schopenhauer, etc.) et les rêveurs géographes au rêveur poète. »

Références

L'équipe

Jacques Munier
Production
Geneviève Méric
Collaboration