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Sophie Vergnes : Les Frondeuses. Une révolte au féminin (1643-1661) Champ Vallon / Revue **Esprit ** N°399 (Dossier Paul Ricoeur) et 398 (Dossier Les controverses du féminisme)

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« L’ambition et la galanterie étaient l’âme de cette cour, et occupaient également les hommes et les femmes. Il y avait tant d’intérêts et tant de cabales différentes, et les dames y avaient tant de part, que l’amour était toujours mêlé aux affaires et les affaires à l’amour ». Pour Joël Cornette, qui a préfacé le livre de Sophie Vergnes, les premières lignes de La Princesse de Clèves , pourraient passer pour le synopsis de cette histoire des Frondeuses. Écrit après la fin de la Fronde, le roman de Madame de La Fayette en fait revivre l’esprit et s’oppose ainsi à la tentative d’effacement de la mémoire de la dernière grande révolte aristocratique contre l’absolutisme qui s’instaure avec Louis XIV. Ce « complexe enchevêtrement de prises d’armes, de réconciliations de façade et d’alliances entre factions rivales », où les Parlements et la population jouèrent aussi leur partition antifiscale, fut l’occasion pour les femmes de l’aristocratie de s’engager dans le conflit, non seulement comme diplomates ou intrigantes mais comme chefs de guerre.

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La régence de la Reine-mère Anne d’Autriche durant la minorité de celui qui allait devenir le Roi-Soleil semble avoir donné deux signaux favorables à cet engagement. Pour le soulèvement, un signe de faiblesse dans la marche du pouvoir monarchique vers l’absolutisme et pour les femmes, l’avènement d’un pouvoir féminin au sommet de l’état. Sophie Vergnes décrit également un contexte propice à l’apparition d’une forme de féminisme dans les couches aristocratiques, une sorte d’école des Frondeuses dans les salons de l’époque, notamment celui de la Marquise de Rambouillet, dont l’influence sera décisive pour expliquer l’engagement dans la guerre civile, au mépris des conventions de genre, de celles qu’on appellera très vite les Amazones. La littérature et le théâtre participeront de cette acculturation féministe, mondaine et politique, en particulier le roman d’Honoré d’Urfé, L’Astrée , véritable best-seller avant l’heure, qui mêle les motifs sentimentaux et guerriers avec des héroïnes qui pensent et décident de leur propre chef. Une ébauche de féminisme chez les clercs et les laïcs complète cet horizon d’attente, les figures héroïques des Femmes illustres de Madeleine de Scudéry – Artémise, Cléopâtre, Zénobie, Bérénice, Lucrèce ou Sapho – illustrent les valeurs de la noblesse autant que l’émancipation des femmes.

Sur le terrain militaire, les Frondeuses ne furent pas en reste par rapport à ces modèles légendaires. Même si le Cardinal de Retz décrit non sans malice misogyne dans ses Mémoires , au chapitre du siège de Paris en 1649, au tout début de la Fronde, le « plaisant spectacle de voir les femmes à ce fameux siège de la Bastille, porter leurs chaires au jardin de l’Arsenal, où était la batterie, comme au sermon », il reconnaît que l’entrée à Orléans de la Grande Mademoiselle, Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, petite-fille d’Henri IV et cousine germaine de Louis XIV, qui grimpa sur une échelle pour s’engouffrer par une étroite brèche ouverte dans une vieille poterne ne manquait pas de panache. C’est la même qui ordonna sans doute de donner du canon depuis la Bastille trois ans plus tard contre les troupes royales. Et lorsqu’éclatent à Bordeaux les émeutes intestines entre « petite » et « Grande Fronde », la princesse de Condé, pour maintenir l’autorité de son mari, n’hésite pas à intervenir – je cite « toute enceinte qu’elle était, à la tête de ceux qui lui obéiraient pour faire tailler les autres en pièces ».

Jacques Munier

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Revue Esprit N°399 (Dossier Paul Ricoeur) et 398 (Les controverses du féminisme)

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Jacques Munier
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