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Paul Nizan : Du conflit éthiopien à la victoire du Front populaire espagnol (30 juin 1935 – 18 juillet 1936) Le cherche midi / Revue Aden N°12 Dossier La plume contre le fascisme (1930-1935)

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C’est la partie immergée de l’œuvre de Paul Nizan, l’ensemble des articles écrits au jour le jour pour le journal L’Humanité essentiellement, où la politique internationale se taille la part du lion. Dans cette courte mais dense séquence, on peut voir, comme dit Anne Mathieu qui a réalisé cette édition critique, « se dérouler sous nos yeux l’histoire en train de se faire » et elle nous conduit, jour après jour, sur le chemin de la Seconde Guerre mondiale. « Dans ce temps où nous sommes, qui est le temps des incendies », selon sa formule de conclusion d’un article d’octobre 1935 consacré aux sanctions financières et économiques alors discutées à Genève à l’encontre de l’Italie fasciste pour son invasion de l’Éthiopie, on voit Paul Nizan sur tous les fronts analyser avec une grande clairvoyance les événements qui se précipitent, animé par une ferveur communiste qui n’oblitère pas l’acuité de sa pensée. Appartenant au cercle restreint des « journalistes diplomatiques », il va même couvrir les funérailles du roi Georges V, dont il donnera une version savoureuse à la NRF : « Impossible de ne pas penser au Valet-Poisson d’Alice au pays des merveilles dans toute cette féérie funèbre – écrit-il à propos du défilé des rois et des valets en costume – un coup de vent et ces souverains de cartes s’envolaient avec le Loir et le Lézard »… Et à cause du retard pris par l’auguste cortège, « depuis soixante-dix minutes, le canon de Londres tonnait de minute en minute comme une grande porte claquant dans le ciel ».

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La critique littéraire n’est pas absente de cet ensemble. Mauriac « est catholique et sa religion domine son art », alors que Bernanos « a la religion agressive. Mais il vaut mieux l’avoir agressive que sournoise » écrit-il pour saluer la parution du Journal d’un curé de campagne , rendant hommage au monde imaginaire de l’auteur de Sous le soleil de *Satan * : « ce n’est pas un monde conformiste ». « Il n’existe que deux révoltes authentiques devant la vie, celle du chrétien, celle du révolutionnaire » ajoute-t-il avant de conclure sur la manière dont Bernanos parle de mystique « avec une sorte de puissance joviale ». Gide a ses faveurs mais aussi Céline, sous réserve, à cause de sa « philosophie de Ravachol ». À la sortie de Mort à crédit , qu’il considère un « immense pastiche du *Voyage au bout de la nuit * », il note que s’il existe une langue célinienne, « il n’existe pas de style célinien » et fait un rapprochement audacieux avec l’esthétique symboliste et Mallarmé, mais – je cite « de grandes ressources poétiques s’y étouffent sous d’étranges inventions » et « là où le symboliste des années 1890 écrivait azur, M. Céline écrit merde ».

L’actualité politique mouvementée de l’Espagne requiert toute son attention et il se rendra dans le pays à de nombreuses reprises, ce qui nous vaut toute une série de reportages éclairants et baroques sur différents aspects de la culture politique et populaire ibérique. De même que l’agression italienne en Éthiopie, les événements en Espagne lui semblent confirmer la montée des périls. « On voit poindre à l’horizon républicain un coup de force fasciste dont toute l’agitation sociale que la droite entretient prépare l’atmosphère » écrit-il en juin 36, quelques semaines avant que la guerre n’éclate. Le 18 juillet, date du soulèvement franquiste, La correspondance internationale , dont il était l’envoyé spécial en Espagne publie l’avant dernier article de sa série de reportages. Il porte sur une question cruciale dans un pays dont les trois quarts des habitants sont des ruraux, le plus souvent misérables : la question agraire. Dans cette Espagne encore féodale, il observe que le communisme devient l’espoir des paysans mais – précise-t-il – qu’ils l’expriment « avec de vieux mots chrétiens », en notant cette inscription portée sur un mur dans un village : « Vive don Lénine ».

Jacques Munier

Aden
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Revue **Aden ** N°12 Dossier La plume contre le fascisme (1930-1935)

Anne Mathieu : « ”Le temps des incendies” : Paul Nizan et les débuts du conflit italo-éthiopien »

http://www.paul-nizan.fr/parution-du-n%C2%B012-de-la-revue-aden-la-plume-contre-le-fascisme-octobre-2013/

Textes et Témoignages retrouvés : Paul Nizan : « Front rouge » « Alerte ! », Paul Vaillant-Couturier : « Au Feu ! » Henri Barbusse : « [Télégramme] » Romain Rolland : « [Déclaration] » Jean-Richard Bloch : « [Déclaration] » André Delons : « Front culturel » Pierre Unik : « De Thiers à Hitler » Georges Sadoul : « Voici un présage du ciel »

A lire aussi :

Daniel Aïache : La Révolution défaite. Les groupements révolutionnaires parisiens face à la révolution espagnole (Editions Noir et Rouge)

Paris qui constitua une base arrière pour de nombreux révolutionnaires espagnols et dont une partie de l’intelligentsia soutenait activement la révolution, notamment à travers les revues, en particulier celle de Boris Souvarine La Critique sociale qui avait recruté deux grandes plumes : Georges Bataille et Simone Weil, laquelle exprime ainsi ses différends avec le premier sur la question de la révolution : « La révolution est pour lui le triomphe de l’irrationnel, pour moi du rationnel pour lui une catastrophe, pour moi une action méthodique où il faut limiter les dégâts pour lui la libération des instincts et notamment ceux considérés comme pathologiques, pour moi une moralité supérieure »

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