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A. Badiou, P. Bourdieu, J. Butler, G. Didi-Huberman, Sadri Khiari, J. Rancière : Qu’est-ce qu’un peuple ? (La fabrique) / Revue **Esprit ** N° 393Tous périurbains !

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pauple
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« Je suis né peuple j'avais le peuple dans le cœur… Mais sa langue sa langue elle m'était inaccessible. Je n'ai pas pu le faire parler. » C’est Michelet qui s’exprime ainsi, non pas dans Le Peuple mais dans Nos fils et l’aveu d’impuissance a de quoi étonner de la part de celui qui s’employa pourtant à le représenter dans l’histoire. C’est que le peuple est une entité à géométrie variable, même s’il semble doué d’une remarquable permanence à travers les siècles : le petit peuple de Rome, le peuple de Paris, le peuple invisible des Algonquins du Canada, le peuple de gauche, on pourrait multiplier les expressions qui se réfèrent ainsi à une réalité immuable, dotée d’un puissant caractère assertif, qui s’impose sans discussion. Si bien que lorsqu’on cherche à le définir, comme les auteurs éminents rassemblés dans ce livre, on tombe le plus souvent sur ce que Pierre Rosanvallon appelait, à propos de la représentation démocratique « le peuple introuvable ». Et dans un récent ouvrage collectif de sociolinguistique, on constatait paradoxalement la faible occurrence du mot dans les propos des catégories sociales dites « populaires », où il prend des connotations plutôt négatives, par défaut et par opposition à ce qui n’est pas lui, les élites et le pouvoir, renouant ainsi avec des conceptions convenues, qui en font l’éternel absent de la politique et de l’histoire, celui qui n’a pas voix au chapitre et ne décide pas de son sort. Le peuple lui-même, bien qu’il sache s’affirmer, dans la rue ou la révolte, peine à se reconnaître comme tel.

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C’est sa plasticité qui en fait un terme mobilisable en tous sens dans le champ de la politique, ce qu’Alain Badiou appelle ici sa « dangereuse inertie », alors qu’il constate que « populaire » est plus connoté, comme dans « mouvement populaire », « tribunal populaire », « front populaire » ou « démocratie populaire »… Là, l’adjectif induit des valeurs en tension, qui ont pour effet de politiser le substantif et le philosophe suggère qu’aux marges du « bon peuple », le nouveau peuple qui se forme dans l’absence totale de visibilité, dans la clandestinité des sans-papiers ou les ghettos de la République, sache « lui arracher le mot peuple en tant que mot politique ». C’est tout le sens du plaidoyer de Sadri Khiari pour la constitution de ce qu’il appelle le « tiers-peuple », en développant le point de vue des « colonisés de l’intérieur ». Mais Pierre Bourdieu, dans un article des Actes de la recherche en sciences sociales repris dans cet ouvrage, est plus réservé, quant à la langue lorsqu’on lui adjoint le qualificatif de « populaire ». « Le lexique dit « populaire » – je cite – n’est autre chose que l’ensemble des mots qui sont exclus des dictionnaires de la langue légitime ou qui n’y apparaissent qu’affectés de « marques d’usage » négatives » comme familier . Et ces qualifications reflètent les taxinomies dualistes qui structurent le monde social selon les catégories du haut et du bas, du fin et du grossier ou du gras (comme dans les plaisanteries grasses), du distingué et du vulgaire, bref, de la culture et de la nature, comme dans les expressions de « langue verte » ou de « mots crus ». Il note qu’il y a dans l’usage que font les jeunes de la langue, notamment ceux qui sont issus de familles immigrées et dont la parlure a tendance à se répandre comme une mode, un potentiel de résistance à la domination sur le mode du retournement du stigmate. Et sa savoureuse analyse des échanges très ritualisés dans les cafés populaires, autour de la figure centrale du patron et de quelques spécimens de « types marrants » – « Ah, celui-là » – montre que derrière les apparences de la liberté de ton et de la verve au naturel, les discours ne sont ni plus ni moins libres « que les improvisations de l’éloquence académique ».

Judith Butler revient sur le caractère performatif de l’assertion révolutionnaire « Nous, le peuple ». Elle observe que sa nature « illocutoire », comme acte de langage, ne se résume pas au moment de l’énonciation mais qu’elle est préparée, dans l’espace et le temps, par l’événement révolutionnaire et la formation collective d’une entité réelle qui donne sa substance à l’affirmation. Elle met en balance la liberté de réunion, un des fondamentaux des droits humains et la souveraineté populaire et constate que dans les démocraties modernes, si les élus sont censés représenter le peuple pour avoir été choisis par une majorité, « il ne s’ensuit nullement – je cite – que la souveraineté populaire soit intégralement représentée par le processus électoral, ni que les élections transfèrent la souveraineté du peuple à ses représentants élus ». C’est cette contradiction qu’analyse Georges Didi-Huberman à partir de la thèse de Rosanvallon sur le peuple introuvable, qui semble s’être dissout dans l’opération en deux temps de la représentation, celle du mandat électif et celle de la figuration symbolique des électeurs. Si l’on en croit les statistiques, le « peuple » représenté à l’Assemblée correspondrait au profil d’un quinquagénaire dont la profession lui a permis de dégager du temps pour assurer son implantation électorale par l’exercice de mandats locaux. Quatre députés sur cinq sont des hommes, les ouvriers ont disparu et la deuxième religion de France est absente de l’hémicycle. D’où le malaise dans la représentation dont se nourrissent les populismes de tous bords. Jacques Rancière qui conclut l’ouvrage par un définitoire « le peuple n’existe pas » décrit l’équation fatale du populisme de droite : l’alliage d’une capacité – « la puissance brute du grand nombre » – et d’une incapacité : l’ignorance et le racisme soit l’hostilité à l’égard des gouvernants, ou des démocrates toujours suspects d’angélisme, et à l’égard des « autres ».

C’est pourquoi Georges Didi-Huberman s’attache, lui, à la représentation sensible, c'est-à-dire esthétique, du peuple à travers la peinture et ici, surtout la photographie, dans l’optique qui était la sienne dans un livre récent : Peuples exposés, peuples figurant. Il revient sur la notion d’image dialectique de Walter Benjamin et sa conception de l’histoire, qui ne vaut que si elle donne voix aux « sans-noms ».

Jacques Munier

Je signale également sur le même sujet l’ouvrage de Thierry Galibert : Le mépris du peuple. Critique de la raison d’Etat (Sulliver)

gallibert
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Le mépris du peuple est une grande constante de l’Occident et il s’est accru, depuis le siècle des Lumières, au travers de valeurs universalistes déconnectées du réel. La conception de la raison est à son origine, elle qui, dès l’Antiquité, a exclu les sauvages et les esclaves de la cité, pour finalement priver l’individu de la démocratie.La raison d’État est le pur produit d’un état intellectuel qui, estimant le peuple hors d’état de se gérer lui-même, lui propose une liberté qui vise à l’administrer sans qu’il lui soit possible de se retourner contre ses maîtres. Alors que la participation politique est la réalité originelle du peuple, en fait de liberté l’oligarchie consolide avant tout la sienne.Textes à l’appui, cet essai trace le parcours historique de l’instrumentalisation du peuple jusqu’à la République moderne, il établit que la logique libérale, d’inspiration féodale et monarchiste, relayée par le socialisme d’État autant que par les libertaires, masque l’assujettissement du peuple sous les atours de son bonheur hédoniste.

présentation de l'éditeur*Thierry Galibert , professeur des universités, est historien des idées et de la littérature. Il est notamment l’auteur de * La Bestialité, paru chez Sulliver où il dirige également la collection «Archéologie de la modernité ».

Revue** Esprit** N° 393 Tous périurbains !

Un dossier sur les espaces périurbains, ces paysages pavillonnaires, loin des villes et des banlieues ghettos et où le vote FN a été supérieur à la moyenne. Il s’agit d’un mode d’urbanisation nouveau, où la ville s’étale jusqu’à effacer la distinction ville/campagne, avec les contributions de Jacques Donzelot, Michel Lussault, Olivier Mongin…

Et l’article de** Jean-Pierre Filiu ** sur la révolution syrienne

A signaler une semaine de manifestations diverses en soutien au peuple syrien, dont voici le programme complet

à partir du 15 Mars jusqu'au 22 Paris, 15 au 22 Mars 2013 : semaine du 2 ème anniversaire du début de la révolution syrienne
Vendredi 15 Mars à 19h00 dans plus de 50 villes en France et à l'international
Rassemblement internationale à l’occasion des deux ans du début de la révolution syrienne Adresse : Place du Panthéon - Vague Blanche

Samedi 16 Mars à 14h30

Manifestation unitaire: Deux ans déjà sous les bombes de Bachar Al Assad trajet : de la place République jusqu’à la place de l’Opéra

16/03/2013 Paris : Manifestation Mars 2011-Mars 2013

Mardi 19 Mars à 19h00

**Metting de solidarité ** Thèmes : Animation Thomas Le Grand (Journalist France Inter)

Le système Assad : Farouk Mardam Bey , Les massacres du régime Assad 1982/2013 : Jean Pierre Perrin Droits de l’homme en Syrie: Seve Aydine L’Islamisme et la révolution syrienne : Launrent Van Der Stockt La communauté international face à la révolution syrienne: Wladimir Glasman

Adresse : L’hémicycle du Conseil régional d’Île-de-France situé au 57 rue de Babylone, Paris 7e

Entré Gratuite

inscription obligatoire: par courriel au info@souriahouria.com

Mercredi 20 Mars à 19h30

Cinéma syrien Adresse : Centre d'animation Place des Fêtes, 2/4 rue des Lilas, 75019 PARIS

plus d'info, http://www.belleville-en-vues.org/Evenements

Jeudi 21 Mars à 19h00

Le Newroz Syrien - Soirée de solidarité avec le peuple syriens - Projection film: la vie des Kurdes syriens

  • Témoignages des syriens
  • Soirée music kurde
  • Buffet orientale

Adresse : Mairie du 20e, Salle des fêtes - Métro Gambetta

De Mercredi 20 Mars à Vendredi 22

Exposition photos Mercredi le 20 Mars de 14h à 18h Jeudi le 21 Mars de 17h à 20h Vendredi le 22 Mars de 17h à 20h

hommage aux ratissants d'Alep

SouriaHouria

Info@souriahouria.com