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Raymond Boudon : Le rouet de Montaigne, une théorie du croire (Hermann) / Revue **Charles ** N°8 Dossier Comprendre François Hollande (La Tengo)

boudon
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C’est le dernier livre du sociologue, écrit avant sa mort survenue le 10 avril dernier et il a des allures de testament au sens où il revient sur tous les grands thèmes de sa pensée : le caractère scientifique et le rapport à la vérité des sciences sociales, la rationalité des actions et des opinions, le rôle des idées dans la construction de la démocratie. L’ensemble est orienté par le souci rétrospectif de marquer la place éminente de Durkheim et Max Weber dans la tradition sociologique, de les rapprocher après qu’on les eut artificiellement opposés et de mesurer la pérennité de leur héritage, notamment face à tous les systèmes de nature holiste , qui tirent de la totalité sociale un principe d’explication des comportements individuels, en prétendant saisir l’essence des sociétés et décrypter les phénomènes sociaux à partir d’une cause première, société du risque ou société liquide, culturalisme ou structuralisme, marxisme, utilitarisme etc. Du coup, c’est à une traversée dans les grandes théories et différents courants des sciences sociales que nous invite ce livre, dans une perspective critique et constructive, en forme de parcours épistémologique.

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« Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire : pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration pour vérifier la démonstration, un instrument, nous voilà au rouet », écrivait déjà Montaigne. Les théories les plus solides reposent sur des principes qui ne peuvent être démontrés. D’où le titre choisi par Raymond Boudon – le Rouet de Montaigne – et sa préférence pour les théories qui partent de l’individu, de ses choix rationnels, suivant l’approche wébérienne qui pose que toute action humaine est compréhensible . S’obstiner à inférer les comportements individuels de paradigmes qu’il faut ensuite s’évertuer à justifier à la manière du baron Münchhausen qui voulait se sortir d’un étang en se tirant par les cheveux n’est pas seulement vain au point de vue scientifique, cela peut avoir des conséquences politiques fâcheuses, comme la thèse du « choc des civilisations » qui mène tout droit à la croisade.

« Un principe ne pouvant par nature être démontré – soutient Raymond Boudon – il faut se contenter de le tester ». Et c’est là qu’intervient sa conception de la « rationalité ordinaire », qui part des individus et de leur capacité à éprouver, pour eux-mêmes et collectivement, la validité, la fécondité d’une idée ou d’une opinion. C’est ainsi, selon lui, qu’avance l’évolution morale, sociale, politique et juridique des sociétés dites « ouvertes » : je cite « innovation, puis sélection rationnelle des idées sous le regard de l’opinion », opinion publique qu’il désigne aussi par cette notion empruntée à Adam Smith dans la Théorie des sentiments moraux , celle du « spectateur impartial ». Le citoyen s’il n’est pas personnellement concerné par une question sociale ou politique, ce qui est le cas dans la grande majorité des cas, peut faire abstraction de ses intérêts ou de ses passions pour se prononcer sur la plupart des sujets de société. « Dans ce cas – explique le sociologue – il tire ses appréciations du bon sens. Dans une démocratie représentative, le représentant est placé sous le regard du spectateur impartial et doit donc chercher à anticiper et à respecter ses jugements. » C’est le précurseur du concept de « voile d’ignorance », image proposée par la Théorie de la justice de John Rawls, qui masque les contingences et les inégalités, et derrière lequel les citoyens élisent en toute liberté de jugement leurs principes de justice.

Jacques Munier

charles
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Revue Charles N°8 Dossier Comprendre François Hollande (La Tengo)

http://www.la-tengo.com/

Au sommaire :

Rachid Kasri : « Mon taf l’a conduit à l’Élysée », carnet de bord de l’ancien chauffeur de François Hollande qu’il connaît « par cœur » pour avoir sillonné la France en sa compagnie pendant plus de dix ans. Par Julien Chabrout •

« Le matin de l’arrestation de DSK, j’ai compris que Hollande pouvait devenir président », grand entretien avec l’avocat Jean-Pierre Mignard, qui revient sur la carrière en dents de scie de son ami. Par Marc Endeweld

« Un week-end à la campagne », rencontre avec l’ancien secrétaire de section du Parti socialiste à Tulle chez lequel François Hollande séjournait lorsqu’il concourrait à la députation en Corrèze. Par Julien Chabrout.

« L’ennemi intime de François Hollande », interview de Raymond-Max Aubert, camarade de François Hollande à l’ENA et adversaire politique en Corrèze où ils se sont affrontés à sept reprises. Par Mathilde Siraud. « Le Hollande pour tous », dictionnaire à l’usage de ceux qui n’ont pas encore tout compris au président de la République. Par Alexandre Chabert.

« On ne le transformera pas en Johnny Hallyday », entretien avec l’ami de trente ans Julien Dray, ancien bras droit de François Hollande au Parti socialiste. Par Mathilde Siraud.

« En télé, c’était le client idéal », analyse de Franz-Olivier Giesbert, expert ès présidents de la République.

« Comment je suis devenu hollandais » par Christian Brugerolle, militant MJS fan de Pierre Moscovici et supporter de François Hollande par défaut.

Références

L'équipe

Jacques Munier
Production
Geneviève Méric
Collaboration