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Nicole Petit-Maire : Sahara. Les grands changements climatiques naturels (éditions errance) / Revue **Dix-huitième siècle ** N° 44 Dossier L’Afrique (La Découverte).

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Nicole Petit-Maire : Sahara. Les grands changements climatiques naturels (éditions errance)

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Vous vous souvenez peut-être de cette livraison de la revue Hérodote consacrée au Sahara qui montrait que cette immense région de 9 M de km2 qui s’étend sur une dizaine de pays est loin d’être aussi désertique qu’on pourrait l’imaginer. Traversée par les routes de trafics en tout genre, notamment d’armes et de stupéfiants, sillonnée par les réseaux d’immigration clandestine, auscultée par les géologues des compagnies pétrolières et minières et aujourd’hui parcourue par des caravanes de touristes, ponctuée d’oasis ou, comme à Taoudenni, de mines de sel toujours en activité, la région est également le siège de conflits armés, dans le Sahara occidental ou au Nord du Mali actuellement. S’il est vrai que le mot Sahara signifie le désert en arabe, il est clair que cette étendue aride est rien moins que déserte au sens figuré. Or, ce que montre la lecture des archives géologiques et archéologiques, c’est qu’il y a quelques milliers d’années le Sahara était couvert de lacs et peuplé de petits groupes de chasseurs, cueilleurs et pêcheurs néolithiques qui ont partout laissé des traces, des sépultures caractéristiques, des œuvres d’art rupestre représentant des animaux gravés dans la roche, hippopotames, éléphants, girafes ou crocodiles, des outils diversifiés, notamment des silex qu’on dit biface ou des harpons en os de crocodile très résistant, ou encore des amas de déchets de cuisine qui révèlent une alimentation complète et variée.

Le désert est défini par une aridité qui est la conséquence de la faiblesse des précipitations, insuffisantes pour compenser l’évaporation qui s’y produit. Cette faible humidité donne à l’atmosphère ses qualités de transparence et à l’air son caractère translucide si particulier mais elle est également responsable de la grande chaleur qui y sévit le jour et qui est perdue la nuit faute de nuages, ce qui entraîne d’importantes amplitudes thermiques pouvant atteindre 30 à 40°. Le Sahara, que Nicole Petit-Maire a choisi d’arpenter est spécialement diversifié dans l’espace et le temps. La géologue et paléoclimatologue, qui n’a guère croisé les traces de scientifiques hormis celles de Théodore Monod, y lit comme dans un livre les vestiges des anciens environnements du désert actuel et donc de son ancien climat. Elle a notamment étudié la partie malienne du Sahara et précisé la chronologie des changements climatiques holocènes, c’est-à-dire de la période supérieure de l’ère quaternaire, qui débute il y a 10 000 ans. C’est déjà notre ère interglaciaire qui commence, la terre s’étant rapprochée du soleil, le climat se réchauffe et il pleut sur le Sahara ! Les oueds coulent en ouvrant leur lit à travers les sols desséchés de la période glaciaire qui s’achève, comme on peut le voir sur les images satellite, en particulier celle qui dans le livre nous montre l’empreinte des grands oueds fossiles à l’ouest du Nil, sous les sables superficiels.

Ce que révèle la paléoclimatologie, c’est cette énorme modification des environnements due aux variations climatiques qui peuvent sembler minimes : 7° seulement entre le dernier maximum glaciaire et celui de notre interglaciaire. Mais en période glaciaire les calottes de glace peuvent atteindre 4 km de hauteur et lorsqu’elles fondent le niveau de la mer peut monter de 125 m, entraînant la disparition de ponts continentaux comme le détroit de Behring. Sur les continents, la fonte des glaciers alimente de grands fleuves, tout cela augmente l’humidité ambiante et accélère le cycle de l’eau qui intensifie les précipitations les dépressions tropicales remontent vers le nord de l’Afrique et les pluies alimentent les nappes phréatiques qui affleurent dans les creux topographiques pour donner des lacs qui pouvaient atteindre, comme en Lybie, 2000 km2. Toutes ces observations, qui sont très utiles pour renseigner les prévisions concernant notre propre avenir climatique, Nicole Petit-Maire, les a corroborées par ses découvertes archéologiques en bordure des grands lacs fossiles.

La présence dans ces lacs d’une faune très riche de mollusques et de poissons comme la perche du Nil ou les silures de grande taille, et autour de toute sorte d’animaux, a favorisé l’existence de petites communautés humaines qui ont laissé des traces, en particulier ces sépultures néolithiques basses et recouvertes de dalles de pierre, de forme circulaires et d’un mètre environ de diamètre, où les corps sont ensevelis dans la position fœtale et qui sont une constante dans tout le Sahara. Des récipients, vase ou gobelets de céramiques, des pointes de flèches, grattoirs, meules et molettes attestent d’un bon niveau de développement technique et les broyeurs et les meules confirment l’existence de graines consommables.

Avec la diminution de l’insolation, les moussons au sud et les cyclones atlantiques au nord ont diminué et depuis 4000 ans le désert a pris la place que nous lui connaissons aujourd’hui. Dans certains endroits le processus a pu être rapide, voire brutal, comme en témoignent des squelettes de grands poissons entiers piégés par la brusque descente des eaux ou des coquillages fermés, en position de vie. Le silence est retombé pour des millénaires sur ces grands espaces, un silence que seuls viennent rompre les chants monotones des caravaniers qui transportent le sel fossile des lacs asséchés. Celui de Taoudenni, dans le Sahara malien, exploité depuis le XVIème siècle, est réputé pour ses qualités gustatives, médicinales et aphrodisiaques, mais l’extraire est un travail infernal, au fond des fosses creusées dans les couches de sédiments. De là, les hommes tirent des plaques de cinq empans sur deux, soit près d’un mètre de hauteur et 25 à 35 kg. Certains d’entre eux, piégés par les dettes contractées auprès des commerçants propriétaires des fosses, sont là depuis si longtemps que la nouvelle de la décolonisation du pays ne leur est pas parvenue, comme ce mineur qui demande à l’auteure : « mon lieutenant français est-il toujours à Tombouctou ? Dis-lui que je ne l’oublie pas ».

Jacques Munier

Avec des photos magnifiques

Revue **Dix-huitième siècle ** N° 44 Dossier L’Afrique (La Découverte).

La revue annuelle des 18émistes

Dossier coordonné par David Diop, Patrick Graille et Izabella Zatorska

Où il est évidemment beaucoup question de la traite et de l’esclavage

Mais aussi de la connaissance que les savants du Siècle des Lumières avaient exactement du continent africain, et elle se limitait aux côtes. Pour l’intérieur, c’est un corpus de littérature de voyage et d’imagination, pour ne pas dire de fantasme, comme le montre bien Adrien Paschoud sur les références du marquis de Sade, notamment dans Aline et Valcour, à une Afrique largement fantasmée où l’anthropophagie et la prédation sexuelle sont érigées en valeurs absolues

Les auteurs montrent aussi les ambigüités de certains discours anti-traite qui préfigurent l’idéologie de la colonisation : au lieu de transporter aux Amériques ces contingents d’esclaves, une opération coûteuse à tous égards et d’abord en vies humaines, pourquoi ne pas laisser les Africains exploiter leurs propres terres et en tirer les bénéfices

Les origines intellectuelles de la « mission civilisatrice », étudiées par Pernille Roge

L’Histoire naturelle de Buffon Adrew Curran

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