Stig Dagerman aux environs de l'année 1949
Stig Dagerman aux environs de l'année 1949 - © Stig Stigsjöö, collection privée
Stig Dagerman aux environs de l'année 1949 - © Stig Stigsjöö, collection privée
Stig Dagerman aux environs de l'année 1949 - © Stig Stigsjöö, collection privée
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Stig Dagerman, auteur suédois mort en 1954, est entré dans la vie de Christophe Fourvel un jour de l’automne 1990. Il emprunte le chemin de cet auteur, écoute ses carnets de désespoir et de solitude et parcourt le village d'Älvkarleby en Suède. Quel est ce silence dans le cimetière d'Älvkarlaby ?

Une Expérience signée Christophe Fourvel, réalisée par Marie-Laure Ciboulet

Le 4 novembre 1954, Stig Dagerman se donnait la mort dans sa maison de Stockholm. Ce matin-là, l’écrivain suédois a allumé le moteur de sa voiture puis a attendu que les gaz d’échappement envahissent son garage et ses poumons. Stig Dagerman avait trente-un ans.
Cet auteur est entré dans ma vie un jour de l’automne 1990 et n’en est jamais sorti. Je l’ai lu avec le mélange d’admiration et de tendre indulgence qu’il convient pour une œuvre écrite presque entièrement avant l’âge vingt-cinq ans. Ceux qui fréquentent cet auteur savent combien il est difficile de plaider pour une œuvre aussi sombre, hantée de bout en bout par le suicide et la peur. Mais la lecture ressemble parfois à ces enregistrements fortuits que des enquêteurs, dans les séries policières, écoutent jusqu'à percevoir l’infime détail acoustique qui réduira la part d’énigme qui les préoccupe. À lire et à relire ainsi ces carnets de désespoir et de solitude, nous sommes quelques-uns à entendre le petit battement de l’âme dont nous avons besoin pour nous sentir moins seuls. Bengt, L’enfant brûlé, les paysans humbles d’Ennuis de noce, l’adolescent de la Nuit de la Saint-Jean, la prostituée du Condamné à Mort auront brièvement émergé du drame d’exister avec un regard brillant de lucidité et prononcé des mots incisifs dont la beauté est demeurée impuissante à sauver l’homme qui les avait pensés.
Cela fait maintenant trente ans que j’ai rencontré cet ami et j’ai appris à me rendre dans son monde par quatre chemins. Le chemin le plus délicieusement en pente douce fut de lire tous ses livres et tous les livres que les éditeurs ont composés à partir de ses textes. Le deuxième, le plus pentu, fut d’apprendre à écouter sa langue car la sagesse commande ceci : "Si ton ami est étranger, apprends à écouter la langue de son pays. La musique te portera là où vivent encore ses émotions". Le troisième chemin fut naturellement celui de l’écriture car, si tu sais écrire, alors écrit un livre sur ton ami. Peut-être entendras-tu ce qui n’était adressé qu’à toi et que nul n’a entendu ?
Enfin, en 2020, je me suis rendu en Suède, à Älvkarleby et à Stockholm, dans le village où il a grandi et dans la ville où il a vécu.
Cette Expérience est le cinquième chemin jusqu’à la maison de mon ami.

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Vision de Stockholm, en novembre 2020
Vision de Stockholm, en novembre 2020
- Christophe Fourvel

Pour en savoir plus

Bibliographie

  • Stig Dagerman ou L'innocence préservée : une biographie de Georges Ueberschlag, édition de L'Elan, 1996.
  • "31, c’est peu" (Stig Dagerman 1923-1954) de Christophe Fourvel, éditions Médiapop, à paraître à l'automne 2023.

Documentation

6 min
Vision d’Älvkarlaby, des rapides et des gens qui descendaient ces rapides, ça l’impressionnait beaucoup
Vision d’Älvkarlaby, des rapides et des gens qui descendaient ces rapides, ça l’impressionnait beaucoup
- Christophe Fourvel

Générique

Musique :

  • Linger de Valérie Ghent
  • Between here and heaven, Apart from you, July III, Undecided de Wayne Horvitz
  • Spindrift de Biosphère
  • Respire d'Echo Collective
  • Audi coelum de Dominique Vasseur
  • It hurts me so de Jay-Jay Johanson

Lecture : Cyril Metzger

Avec les voix françaises de : Margareta Kastberg et Yan de Monterno

Avec les voix suédoises de : Anna de la librairie Hanson och Bruce de Stockholm et de Per Lidvall de la commune de Skutskär

Traduction : Margareta Kastberg

Prise de son : Elise Leu, Xavier Lévèque et Djäisan Taouss

Mixage : Manuel Couturier

Réalisation : Marie-Laure Ciboulet

Une création sonore de Christophe Fourvel

Remerciements

Merci à Lo Dagerman, Gaël Gillon, Geneviève Pernin, Bengt Söderhäll et à l’Institut Français qui a rendu possible ce voyage durant l’automne 2020.

La dernière maison de Stig Dagerman et d’Anita Björk à Enebyberg (au premier étage)
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- Christophe Fourvel
58 min