Tournage "Les nuits de la pleine lune" avec Tchéky Karyo, Pascale Ogier, Eric Rohmer et Renato Berta - Ilse-Ruppert
Tournage "Les nuits de la pleine lune" avec Tchéky Karyo, Pascale Ogier, Eric Rohmer et Renato Berta - Ilse-Ruppert
Tournage "Les nuits de la pleine lune" avec Tchéky Karyo, Pascale Ogier, Eric Rohmer et Renato Berta - Ilse-Ruppert
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Résumé

Esquisse du portrait de la comédienne Pascale Ogier et d'une époque qu’elle a cristallisée : le début des années 80. Des planches de Nanterre au tournage du film "Les nuits de la pleine lune" d'Eric Rohmer, Marc Guidoni recompose cette trajectoire artistique météoritique.

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Le 1er novembre dernier, jour des Morts, alors que je rends visite à mes parents au cimetière du Père Lachaise, je décide d’aller me recueillir pour la première fois sur la tombe de Pascale Ogier, disparue à l’âge de 25 ans en 1984. Cette comédienne comète demeure la figure iconique et mélancolique des années 80. A elle seule, elle nous laisse toute cette décennie en héritage. Et tellement plus en ce qui me concerne...

Moins d’une heure après cette visite, je reçois sur mon téléphone portable un appel de sa mère, Bulle Ogier, qui vient de retrouver une lettre que je lui avais adressée quelques temps plus tôt, pour lui proposer de la rencontrer et parler de sa fille. Bulle était bouleversée que ce soit précisément en ce jour de Toussaint que ce courrier remonte à la surface, et ce au moment précis où je me trouvais auprès de sa fille. Nous avons tous deux compris que Pascale nous envoyait là un message et qu’il était temps qu’elle soit souvenue...

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Le jour des obsèques, Marguerite Duras prononça ces mots : "On mesure chaque jour davantage à quelle profondeur la mort est allée chercher sa proie. Mais cependant qu'elle frappe, la grâce de cette jeune fille se répand encore dans la ville..."."Grâce dans la ville", comme on disait dix ans plus tôt avec Henri Verneuil Peur sur la ville...

Marie-Louise, Pascale et Bulle, la trilogie Ogier en 1983
Marie-Louise, Pascale et Bulle, la trilogie Ogier en 1983
- Collection particulière
Pascale et Bulle Ogier, magazine "Elle" en 1982.
Pascale et Bulle Ogier, magazine "Elle" en 1982.
- Dominique Issermann

Pascale meurt la veille de sa 26ème année, quatre jours après François Truffaut, faisant de cette semaine d’automne l’une des plus tristes de nos adolescences d’alors. Nous sommes si nombreux à avoir eu ce sentiment, lors de sa disparition, d’avoir perdu une sœur ou une fiancée, et nous retrouver à pleurer, bêtement, dans nos chambres. Larmes inexplicables, irrationnelles, et pourtant bien réelles. Pascale a incroyablement absorbé et incarné un air du temps. Par ses regards, ses silences, sa manière de bouger. Et sa voix... cristalline et singulière qui, quand on l’entend quarante ans plus tard, nous donne encore et encore le même frisson.

Au cinéma, trois rôles inoubliables et le prix d’interprétation à la Mostra de Venise en 84 pour Les nuits de la pleine lune. Une nomination posthume aux Césars, privilège qu’elle partage avec la seule Romy Schneider. Au théâtre, et notamment avec Eric Rohmer à Nanterre, elle a laissé à celles et ceux qui ont eu la chance de la voir dans ces performances éphémères l’impression que le temps s’arrêtait, lui aussi sous le charme, pour la regarder jouer.

Pascale Ogier dans "Catherine de Heilbronn" en 1979
Pascale Ogier dans "Catherine de Heilbronn" en 1979
- Catherine Bertrand Laforet

Une étoile filante, fulgurante et incandescente qui a laissé orphelines plusieurs générations de metteurs en scène et de spectateurs de tous ces films que nous ne verrons jamais, dans lesquels elle nous aurait accompagnés et aurait grandi et vieilli avec nous. Un peu à la manière de Vinciane Despret dans son magnifique Au bonheur des morts, nous partirons à la recherche du fantôme de Pascale, et de celui de cette époque qu’elle a cristallisée et qu’elle transporte avec elle : le début des années 80. Années d’une vraie vie sociale, où nous ne pouvions pas nous cacher derrière des écrans et des claviers pour nous rencontrer. Où trouver une cabine téléphonique à minuit pour appeler l’amour de sa vie devenait le combat essentiel. Où s’exprimaient une liberté, une légèreté, à des millions de kilomètres de ce politiquement correct mortifère qui n’avait pas encore envahi tous nos cercles de pensée, maintenant si aseptisés.  Marc Guidoni

Pascale Ogier et Jacques Derrida sur le tournage de "Ghost dance" en 1983
Pascale Ogier et Jacques Derrida sur le tournage de "Ghost dance" en 1983
- Ken Kim Nygaard, Ken McMullen

Une Expérience signée Marc Guidoni, réalisée par Véronique Lamendour
-une création sonore à écouter, de préférence, au casque-

Pour en savoir plus

Bibliographie

Filmographie

  • Le Pont du Nord de Jacques Rivette, 1981.
  • Paris s’en va de Jacques Rivette, 1981.
  • Les nuits de la pleine lune d’Eric Rohmer, 1984.
  • Cinéma Cinémas, la collection de Claude Ventura, 2008.

Générique

Archive Ina

Le cinéma des cinéastes de Claude-Jean Philippe, 21 octobre 1984.

Musique :

  • Wallet de Regina Spektor
  • Nuages de René Aubry
  • Enola Gay de Orchestral Manoeuvres in the Dark
  • Modern Love de David Bowie
  • Rectangle de Jacno
  • A place in the sun de Franz Waxman
  • Sphynx de La Femme
  • Total Eclipse of the heart de Bonnie Tyler
  • Are you ready to be heafrtbroken de Lloyd Cole and the Commotions
  • I hope that I don’t fall in love with you de Tom Waits

Avec :

  • Bulle Ogier
  • Emeraude Nicolas
  • Virginie Thévenet
  • Tchéky Karyo
  • Caroline Champetier
  • Renato Berta
  • Ken McMullen
  • Claude Ventura
  • Christophe Mercier

Voix off : Eric Guirado

Prise de son : Marie-Claire Oumabady, Hugo Renard et Clément Vuillet

Spatialisation : Frédéric Changenet

Mixage : Claude Niort

Réalisation : Véronique Lamendour

Une création sonore de Marc Guidoni

Remerciements

Merci à Irène Jacob, Charles Ficat, Angelo Cosimano et Frédérique Duperret. Merci également à l’hôtel La Lousiane à Paris, à Basia Embiricos, Christine Bernard, Anais Kien, Joanna Szybist ainsi qu'à Micky et Raymond Guidoni.

29 min
Pascale Ogier à Trouville
Pascale Ogier à Trouville
- Sylvie-Mandel