Ddes unions socialement plus libres ?
Ddes unions socialement plus libres ?
Ddes unions socialement plus libres ? ©Getty -  Tim MacPherson
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Ddes unions socialement plus libres ? ©Getty - Tim MacPherson
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Résumé

Je vois deux possibilités pour piétiner la fête de l’amour : inviter un sociologue ou un romancier.

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Vous avez le choix, d’Eva Illouz à Laclos, en passant bien sûr par Houellebecq, n’importe lequel de ces experts se chargera de désacraliser l’amour et fera passer la passion la plus pure ou bien comme le produit du social et de ses déterminations, ou bien comme la pire des tragédies se déroulant à l’insu des acteurs. 

La vraie question finalement est de savoir si quelque chose a changé, et notamment, quelque chose a-t-il changé depuis l’apparition des sites de rencontres. Voici d’un côté une technique censée offrir des choix infinis, pour toutes les formes de vie intime, gay ou pas, furtive ou pas, catho ou casher, bref la possibilité est donnée à chacun de chercher le mulot à coup de souris, ou plutôt d’un simple effleurement de l’écran. D’où cette question : cet espace, à priori plus ouvert, va-t-il déboucher sur des unions socialement plus libres ? 

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Il faut vous dire que pour les sociologues, et de nombreux romanciers, aucune personne ne va dans un lit sans une idée sociale bien précise derrière la tête. C’est ainsi que chez Maupassant, Georges Duroy, alias Bel Ami, construit son ascension sociale sur l’oreiller. La tragédie, chez les romanciers, c’est lorsque les sentiments ou pire, les pulsions viennent bouleverser le social. C’est ce que raconte Benjamin Constant dans Adolphe, ou D. H. Lawrence dans L’amant de Lady Chatterley. Et c’est en cela que Benjamin Constant et Durkheim sont d’accord : lorsque Constant raconte une passion dévorante et impossible, en partie dévorante parce qu’impossible, il illustre la règle selon laquelle, je le cite, « Les lois de la société sont plus fortes que les volontés des hommes ». 

La question qui se pose aujourd’hui consiste à savoir si les nouvelles technologies permettent de s’émanciper des lois de la société — en particulier, l’homogamie (cette propension à se marier avec quelqu’un de son milieu social) est-elle en diminution ? Pour le dire en un mot, la réponse est oui, mais la question est pourquoi cette diminution ? Pourquoi les classes sociales se mélangent elles plus dans les alcôves ? Pour les uns parce que nous sommes plus autonomes, moins soumis au social. Pour les autres parce qu’il y a moins de classes sociale. 

Mais comme l’écrit Constant, toujours dans Adolphe, « Presque toujours, pour vivre en repos avec nous-mêmes, nous travestissons en calculs et en systèmes nos impuissances ou nos faiblesses ».

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
David Jacubowiez
Réalisation