Deux styles de vie, deux styles de mort, Jean d’O et Johnny Ha

Jean d'Ormesson, Johnny Hallyday.
Jean d'Ormesson, Johnny Hallyday.  ©AFP - CITIZENSIDE / FRANCOIS PAULETTO / MARK RENDERS / BELGA MAG
Jean d'Ormesson, Johnny Hallyday. ©AFP - CITIZENSIDE / FRANCOIS PAULETTO / MARK RENDERS / BELGA MAG
Jean d'Ormesson, Johnny Hallyday. ©AFP - CITIZENSIDE / FRANCOIS PAULETTO / MARK RENDERS / BELGA MAG
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Le rebelle d’hier est le consensuel d’aujourd’hui, propension de notre société à digérer toute forme de bizarrerie

Deux styles de vie, deux styles de mort, Jean d’O et Johnny Ha. Certes il s’agissait de deux artistes populaires, il y a littérateur plus orthodoxe que Jean d’O, il y a rocker plus rock que Johnny, mais cependant ils incarnent chacun l’une des alternatives de la culture contemporaine. Culture cultivée pour Jean d’O, légitime, culture nouvelle, néo-culture, pour Johnny Ha, particule et prestige du nom dans un cas, invention du pseudo dans l’autre, enterrement à cheval sur les conventions pour Jean d’O à cheval sur la moto pour Johnny. 

Deux continents de la culture à l’origine, et à l’arrivée, l’hommage le plus bruyant est celui accordé à l’idole des jeunes, normal pour un rocker ? Pas tant que ça… Parce que cet unanimisme dans l’hommage avec lynchage via twitter de ceux qui ne pleurent pas assez fort à l’évocation de Johnny témoigne du chemin parcouru en 60 ans. 

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À la fin des années 1950, il faut le rappeler aux moins de 70 ans qui nous écoutent, Johnny est tout sauf consensuel : un animateur casse son disque à l’antenne, on lui donne deux mois pour faire son tour de chant et disparaître dans les coulisses de l’Histoire. 

Soixante ans plus tard, Johnny a droit à tout ou presque : église, président, patrimoine par ci, patrimoine par-là, avouez que pour quelqu’un qui a chanté tutti frutti, ça n’était pas gagné d’avance, un peu comme si je vous disais que dans quelques décennies, souhaitons-les les plus nombreuses possibles, nos petits-enfants regarderont plein de compassion nos enfants porter le deuil de Booba, de La Fouine, ou de tout autre rappeur. 

Tout cela est la preuve que la culture des marges d’hier est devenue la culture mainstream d’aujourd’hui, la culture normale, moyenne même devrait-on dire. Le rebelle d’hier est le consensuel d’aujourd’hui, propension de notre société à digérer toute forme de bizarrerie, mais plus encore, signe que les valeurs ont profondément changé, désormais le rocker est au cœur de notre société.

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