Georges Steiner en 2005.
Georges Steiner en 2005.
Georges Steiner en 2005. ©Getty -  Lior Mizrahi
Georges Steiner en 2005. ©Getty - Lior Mizrahi
Georges Steiner en 2005. ©Getty - Lior Mizrahi
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Résumé

Il faut dire aux plus jeunes qui était George Steiner, qui se faisait connaître sous le qualificatif courant de professeur de littérature ou de critique littéraire. Ce qui veut dire qu’il était en réalité un lecteur, son métier consistait à lire des textes et à dire ce qu’il avait lu.

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Et Steiner avait énormément lu, pour ainsi dire la totalité de ce qu’un occidental pouvait lire d’Eschyle à Paul Celan, de Platon à Joyce, du théâtre au roman de Shakespeare à Hugo. Si ce sont plusieurs mondes qui disparaissent, c’est parce que pour George Steiner chaque langue définissait un monde, le monde d’après Babel était une juxtaposition de mondes différents, le monde russe n’était pas le monde allemand, Dostoïevski abritait un univers de celui de Goethe. 

À lire : Mort du philosophe et critique littéraire George Steiner

Or Steiner était un individu typique de la Mitteleuropa, bien que né en France, il pensait dans différentes langues, donc en différentes culture, il appartenait à cette bourgeoisie juive cultivée qui habitait avant tout dans les livres et avait compris, avant guerre, qu’il était préférable d’habiter plusieurs endroits à la fois pour en avoir au moins un où se réfugier. 

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Steiner était profondément juif en ce sens qu’il refusait toutes les idolâtries, toutes les idolâtries sauf une, celle du langage. Pour lui, le monde avait une essence, et cette essence était contenue dans le verbe, le verbe en version originale, seule manière de lutter contre l’appauvrissement du monde, la négation des langues… Pour ce polyglotte, la traduction n’était pas seulement trahison, elle était aussi une manière de nier le sens du sens, puisque le sens chez Steiner est attaché à l’âme d’une langue. 

Alors, bien évidemment, cette conception aristocratique de la culture était terriblement intempestive, à rebours complet du globish mondial, à rebours aussi des aristocraties nationales, puisque Steiner se sentait appartenir à une république, la république des lettres, la communauté de ceux qui n’ont pas de communauté. 

Comme Steiner l’écrivait, « La mort d'une langue, fut elle chuchotée par une infime poignée sur quelque parcelle de territoire condamné, est la mort d'un monde. Chaque jour qui passe s'amenuise le nombre de manières de dire espoir ». 

En savoir plus : George Steiner, récit d'une vie

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
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Production
David Jacubowiez
Réalisation