Militons pour le droit de pouvoir dire des conneries

La liberté d’opinion, et donc d’expression de cette opinion, est un droit sacré.
La liberté d’opinion, et donc d’expression de cette opinion, est un droit sacré. ©Getty - Peter Cade
La liberté d’opinion, et donc d’expression de cette opinion, est un droit sacré. ©Getty - Peter Cade
La liberté d’opinion, et donc d’expression de cette opinion, est un droit sacré. ©Getty - Peter Cade
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Pas une semaine ne se passe sans qu’une conférence en France soit perturbée par des personnes tentant de l’annuler. Il n’est pas pourtant pas inutile d’endurer les avis contraires.

Ce fut le cas d’une prise de parole des psychanalystes Caroline Eliacheff et Céline Masson : accusées de transphobie, la mairie du IIIème arrondissement à Paris a préféré déprogrammer la manifestation. Scène similaire avant-hier à Poitiers où la sociologue Nathalie Heinich a été chahutée lors d’une prise de parole, accusée d’islamophobie, il a fallu de la détermination aux organisateurs pour qu’elle puisse prendre la parole face à des perturbateurs qui ne voulaient pas débattre mais empêcher la conférencière de parler.

Et c’est cela la vraie question : la liberté d’opinion, et donc d’expression de cette opinion, est un droit sacré. C’est lui qui permet à Nathalie Heinich, Caroline Eliacheff ou qui vous voudrez de dire ce qu’elles veulent, et de voir bien entendu leurs thèses critiquées, parfois même radicalement critiquées. Ce droit est, je crois, un droit auquel beaucoup dans ce pays sont attachés, j’ai même le souvenir d’un 7 janvier où une bonne partie de la France était descendue dans la rue pour le défendre. Il va sans dire que ce droit s’applique d’abord aux opinions qui nous dérangent : la liberté d’expression, c’est d’abord la liberté de l’autre de dire des conneries, sinon ce droit n’en est pas un. En outre, ce droit n’est pas même absolu puisqu’il comprend des exceptions que nous connaissons tous, l’appel à la haine, la diffamation, la calomnie... Bref, il est loisible d’entamer une action en justice à quiconque penserait avoir été confronté à des opinions qui seraient en réalité des délits, voire des crimes.

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Mais la légitime défense n’existe pas en matière de liberté d’expression, faire taire l’autre avant qu’il parle relève d’une attitude que je ne nommerai pas parce que j’évite de franchir le point Godwin avant 7 heures du matin. Lorsque l’on y songe, il faut être bien peu sûr de ses arguments pour penser que la seule manière d’avoir le dessus sur une opinion contraire, c’est de la faire taire : le censeur est toujours quelqu’un qui a peur.

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