Quand la foule devient une horde : un cambrioleur présumé a été battu à mort par des villageois

Village de l'arrière-pays niçois
Village de l'arrière-pays niçois ©Getty - VanDeevin Photography
Village de l'arrière-pays niçois ©Getty - VanDeevin Photography
Village de l'arrière-pays niçois ©Getty - VanDeevin Photography
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C’est un fait divers stupéfiant, tellement sidérant d’ailleurs qu’il suscite peu de commentaires alors que d’ordinaire les médias ont tendance à se jeter sur les faits divers.

Cela s’est déroulé en octobre dans l'arrière-pays niçois, un village nommé l’Escarène, un village sans histoire comme disent les journalistes fatigués. Un homme nommé Jéremy D. est accusé d’avoir dérobé 45 euros et une Carte Bleue à une vieille dame. Il est pris en fuite par une trentaine de villageois qui se déchaînent sur lui. Le cambrioleur présumé est roué de coups, des chiens sont lâchés sur lui, il court à moitié nu dans le village. Alertée, la gendarmerie finit par arriver et met un terme à ce lynchage. L’homme est alors conduit à l’hôpital, il décédera de ses blessures deux jours plus tard. Depuis, le village s’est renfermé dans le silence, personne ne parle, c’est l’omerta. Impossible même de savoir s’il y a eu un cambriolage ou pas.

Un lynchage par la horde primitive

Cela s’est passé il y a quelques jours en France. Et pourtant cette scène, elle a des millénaires. C’est le lynchage par la horde primitive, c’est du Fritz Lang, "M le Maudit", ou bien pour chercher plus près de nous, c’est le village des cannibales raconté par l’historien Alain Corbin. Ce livre raconte aussi un meurtre commis par une foule villageoise, à Hautefaye, un village de Dordogne au XIXe siècle. Un noble - Alain de Monéys - est accusé de comploter en faveur de la République. On reproche à cet aristocrate de fomenter le pire avec les républicains, mais aussi le curé, et l’étranger, autrement dit le Prussien. Ce déchaînement de violence a donc un arrière-fond politique, à la différence du lynchage de l’Escarène. Il s’explique aussi, selon Corbin, par du ressentiment social.

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Mais un élément relie les deux lynchages - celui de l’Escarène et d’Hautefaye-, c’est le basculement soudain dans la violence collective. Voilà probablement ce qu’il y a de plus mystérieux dans le comportement des hommes, le passage à l’acte violent, un phénomène que les sciences humaines peinent à expliquer. Mais le drame de l’Escarène nous le rappelle - le roi n’est plus, la République est solide mais la violence collective, elle, est toujours là, et peut encore se manifester. La foule peut redevenir une horde.

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Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties
29 min

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