Jamais le changement n’a changé aussi vite

Bill Clinton et Monica Lewinsky.
Bill Clinton et Monica Lewinsky. ©AFP - STAFF
Bill Clinton et Monica Lewinsky. ©AFP - STAFF
Bill Clinton et Monica Lewinsky. ©AFP - STAFF
Publicité

C’est Olivier Roy qui en donne un exemple dans son essai stimulant, L’Aplatissement du monde (Seuil), il s'agit de deux chroniques de la même personne, l’une des éditorialistes les plus en vue, Maureen Dowd, pilier du New York Times.

Il s'agit donc de deux billets qu’elle a consacrés à la même histoire, cette relation qui avait défrayé la chronique entre Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, et Monica Lewinsky, alors stagiaire à la Maison Blanche. Deux billets sur la même histoire publiés à 19 ans d’intervalle, l’un en 1999, l’autre en 2018.

En 1999, le billet s’en prend à Monica Lewinsky avec un titre sans ambiguïté, “Les femmes sangsues en amour”, accusant Monica Lewinsky de chercher à devenir célèbre en se nourrissant, je cite, “des détritus de leurs tristes rendez-vous galants avec des hommes plus âgés et plus célèbres”. 19 ans plus tard, la même billettiste, Maureen Dowd, revient sur cette affaire, mais pour dire cette fois le contraire, autrement dit pour charger Bill Clinton, “la différence de pouvoir entre une stagiaire de 22 ans et un patron de 49 ans rend fautive toute relation sexuelle”, a fortiori, ajoute-t-elle, quand le plus âgé des deux est président des Etats-Unis.

Publicité

Maureen Dowd est un bon indicateur de ce que pense la gauche américaine : en 1999 elle accusait la droite américaine de vouloir déstabiliser Bill Clinton pour une peccadille, en 2018, elle considère que la faute morale est du côté de l’ancien président, et que cette faute morale est une faute politique. Autant dire que s’il fallait rejouer cette histoire, celle-ci se jouerait à front renversé, la gauche serait désormais du côté de Monica, la droite du côté de Bill. La seule différence d’âge entre les deux protagonistes, et de position sociale, apparaîtrait comme condamnable.

Ce n’est pas Maureen Dowd qui a changé d’avis en l’espace de 19 ans, ce sont nos valeurs qui ont été bousculées, et jamais probablement dans l’histoire de l’humanité, on a assisté à de tels basculements en si peu de temps, sur les relations entre les femmes et les hommes, les adultes et les enfants, sur le rapport à la terre ou bien encore notre rapport aux animaux. Généralement, le monde change d’une génération à l’autre, eh bien notre génération a la particularité d’avoir déjà connu deux mondes bien différents l’un de l’autre.