Centrale nucléaire à côté de Lingen, Allemagne
Centrale nucléaire à côté de Lingen, Allemagne ©Getty - fhm
Centrale nucléaire à côté de Lingen, Allemagne ©Getty - fhm
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Dans la grande secousse anticipatoire qui agite la France ces temps-ci, à l’idée de manquer d'électricité pour Noël, je m’étonne qu’un responsable n’ait pas été nommé : Baptiste Muckensturm.

Baptiste Muckensturm ou Guillaume Erner, notez bien, puisque ces journalistes pourraient avoir leur part de responsabilité dans ce qui arrive. Notez bien qu’en disant cela, je ne suis pas dans la pensée magique, il ne s’agit pas de faire un sacrifice de journaliste en espérant qu’ainsi la déesse électricité sera plus clémente avec nous, et nous épargnera les coupures. Non, la responsabilité de nous autres journalistes porterait plutôt sur le rejet du nucléaire, puisque la situation actuelle est liée - là-dessus tout le monde est d’accord - à la méfiance vis-à-vis de nos centrales, laquelle méfiance a entraîné un sous-investissement dont nous récoltons aujourd’hui les fruits amers. Ce sentiment de méfiance vis-à-vis du nucléaire, rappelons le anti-nuke, est en grande partie la conséquence de la catastrophe de Fukushima que ma génération de journalistes a eu l’occasion de commenter en direct live. Un épisode qui m’avait terrifié d’effroi, même et surtout si les autorités nucléaires françaises répétaient alors : "cela peut se passer au Japon, mais certainement pas en France". Je vous fiche mon billet qu’à l’époque de la catastrophe de Tchernobyl, le nucléaire japonais expliquait que cela pouvait se passer en ex-URSS mais pas au Japon. Ai-je eu tort d’être effrayé par Fukushima ? Pour Jean-Marc Jancovici à coup sûr oui. Je vous renvoie à un matin où j’ai mangé chaud, faute selon Janco à mon incapacité à relativiser la catastrophe, à observer froidement ses conséquences véritables a posteriori, distinguant bien sur les morts du tsunami des dégâts causés par l’atome. Nous vivons une époque d’intense bouleversement dans le domaine des valeurs, mais il est particulièrement étonnant de voir à quel point l’opinion s’est retournée en 11 ans, 11 ans après Fukushima, le surmoi de nos sociétés devenant soudainement Pro-Nuke, et les anti-nuke étant désormais comme des traîtres à la patrie - un peu comme ceux qui appelaient au désarmement en 1938. En tout cas, il y a 11 ans, personne n’aurait imaginé que l’atome susciterait aujourd'hui autant d’explosions d’enthousiasme.

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