Comment protester en Chine ?

En Chine, le mouvement de contestation contre la politique zéro Covid-19 du gouvernement se poursuit.
En Chine, le mouvement de contestation contre la politique zéro Covid-19 du gouvernement se poursuit. ©AFP - Frederic J. BROWN
En Chine, le mouvement de contestation contre la politique zéro Covid-19 du gouvernement se poursuit. ©AFP - Frederic J. BROWN
En Chine, le mouvement de contestation contre la politique zéro Covid-19 du gouvernement se poursuit. ©AFP - Frederic J. BROWN
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C’est la dangereuse question, comment manifester son refus, son désaccord, voire sa révolte dans une dictature, en l'occurrence la dictature chinoise. Comment formuler un slogan contre un régime tyrannique ?

A cette question, les Chinois en général, les étudiants en particulier, déploient des trésors d’imagination comme l’explique le New York Times. Première solution, elle est désormais connue, brandir une page blanche signe de censure. Seconde solution, retenue à Pékin : montrer une équation, une équation mathématique complexe, formulée par un physicien Russe, Alexander Friedmann, et c’est cela qui importe, l’homme s’appelle Friedmann, Free Man, l’homme libre. Ou bien encore, troisième solution, détourner la censure chinoise qui traque les mots clés sur le web, et ne plus employer que les mots “Oui”, “Bon” et “Correct”.

Voilà trois exemples de créativité protestataire, une manière de créer un sociolecte, des fragments de liberté langagière arrachés au pouvoir, des formules que l’on peut prononcer et que le pouvoir ne peut pas ne pas entendre. La liberté de ceux qui protestent en Chine est une liberté ironique, ils utilisent deux niveaux de langue, la possibilité de dire sans dire, la possibilité de ménager deux niveaux de langue. Et c’est pourquoi la langue totalitaire déteste l’ironie, que ce soit à Pékin ou dans les démocraties populaires naguère, en Tchécoslovaquie comme Kundera le racontait dans la Plaisanterie. Les dictateurs veulent une langue univoque, sans tiroirs ni subtilités, et ils font face à l’art d’écrire face à la persécution, comme le disait Kundera, “J'ai appris la valeur de l'humour sous la terreur stalinienne. J'avais vingt ans à l'époque. Je savais toujours reconnaître quelqu'un qui n'était pas stalinien, quelqu'un dont je n'avais rien à craindre, à sa façon de sourire. Le sens de l'humour est un signe de reconnaissance auquel on peut se fier. Et depuis, je suis terrifié par un monde qui perd son humour”. L’ironie ne rend probablement pas la protestation moins dangereuse, mais il oppose une autre langue à celle du pouvoir, la profondeur de l’esprit, face à un régime fait d’un bloc, qui ne connaît que le premier degré.

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