Vladimir Poutine au sommet de la Shanghai Cooperation Organization (SCO) à Samarkand en Ouzbekistan le 16 septembre 2022 ©Getty - Contributor/Getty Images
Vladimir Poutine au sommet de la Shanghai Cooperation Organization (SCO) à Samarkand en Ouzbekistan le 16 septembre 2022 ©Getty - Contributor/Getty Images
Vladimir Poutine au sommet de la Shanghai Cooperation Organization (SCO) à Samarkand en Ouzbekistan le 16 septembre 2022 ©Getty - Contributor/Getty Images
Publicité
Résumé

Et c’est bien cela le problème. Que fait un dictateur lorsqu’il est acculé ? Il fait tout ce qu’il a la possibilité de faire. Preuve qu’il n’y a pas que les cons qui osent tout, les tyrans sont également très forts en la matière.

En savoir plus

Et si je parle de “jouer sa peau”, c’est parce que l’essayiste Nassim Nicolas Taleb a publié un livre stimulant, dont le titre est cette expression “skin in the game” en anglais. Taleb fustige toutes les situations qu’il qualifie d’asymétriques où quelqu’un prend une décision sans “incitation négative”, comme disent les économistes.

L’exemple type convoqué par Taleb c’est Robert Rubin, le patron de Citygroup, qui a précipité par ses erreurs cette entreprise dans la panade, sans qu’il en soit pénalisé, alors que le contribuable américain a dû mettre la main à la poche pour sauver cette société.

Publicité

Mais il y a pire que Citygroup, pire que les faillites, il y a les guerres, et Taleb d’accuser tous ceux qu’il appelle les “intellectuels idiots”, bellicistes, qui incitent le monde à partir en guerre alors qu’eux personnellement ne risquent rien. Les commentateurs en général, les journalistes en particulier, commentent mais à quelques exceptions près, ils ne risquent pas leur peau, explique en substance Taleb. Notamment, les éditorialistes va-t'en guerre dictent leurs diktats bien à l’abri dans leur bureau.

Et c’est justement ce qui se passe aussi avec les chefs de guerre : ils ne risquent généralement pas leur peau. La guerre de 1914-1918 est pleine d’offensives folles décidées par des généraux demeurés bien au chaud à l’arrière. Oui ; mais voilà ; Poutine aujourd’hui est acculé, cette guerre c’est sa guerre, son pouvoir, il le sait, dépend de l’issue de cette guerre, parce qu’il va devoir affronter les ultras, les infras - tout dictateur est paranoïaque, mais là il est particulièrement fondé à l’être. En somme, sa situation d’irresponsabilité illimitée s’achève, il le sait, il doit d’une manière ou d’une autre être à Kharkov s’il veut demeurer au Kremlin.

Eh bien lorsqu’un dictateur risque sa peau, il met le cap vers le pire. Non seulement il n’est pas incité à la sagesse, mais sa surenchère folle conduit le monde vers la folie : quand un dictateur risque sa peau, c’est le monde entier qui tremble pour la sienne.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner