Eric Zemmour.
Eric Zemmour. ©Getty - Chesnot
Eric Zemmour. ©Getty - Chesnot
Eric Zemmour. ©Getty - Chesnot
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C’est en tout cas ce que pensent deux élus qui m’ont gentiment alpagué hier, m’expliquant que les journalistes en général, et le système médiatique, en particulier, avait fabriqué Eric Zemmour, créature échappant désormais au créateur, donc au système médiatique.

C'est un débat intéressant, sur lequel il n’est pas aisé d’y voir clair, d’autant qu’Eric Zemmour est d’abord un journaliste, ce qui signifie qu’il est originellement "embedded" (en français, qu’il fait partie de ce monde). 

En ce qui me concerne, j'ai une vision assez idiosyncrasique des choses, et tout cela me rappelle la famine en Ukraine, plus exactement le musée de la famine en Ukraine, une terrible page de l’histoire stalinienne, un événement connu sous le nom de l’ Holodomor. À Kiev, au bord d’une large allée soviétique, on trouve un grand musée mémorial consacré à ce moment épouvantable, je suis allé le visiter un dimanche de novembre. Dans ce musée, j’ai appris que cet événement était le fait des journalistes, ils auraient du alerter le monde, ils ne l’ont pas fait. Pas grand-chose sur Staline dans ce mémorial, rien sur le Parti communiste - la famine était la faute des journalistes qui avaient mal fait leur travail. 

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Alors, je m’en voudrais d’universaliser cette réflexion, laquelle pourrait passer pour corporatiste, comme si je répondais à cette accusation - en l’occurrence le créationnisme d’Eric Zemmour - par un haussement d’épaule. On pourra discuter des heures pour savoir si les candidats - tous les candidats d'ailleurs - sont des créations médiatiques : Emmanuel Macron il y a 5 ans, ou à contrario le "Fillon Bashing", à savoir la manière dont François Fillon et ses affaires ont été traitées par les médias à la même époque. 

Mais je pense au final que les journalistes pensent avec le surmoi de leur audience, ils servent ce qu’ils pensent, à tort ou à raison d'ailleurs, être ce que leur public attendent d’eux. Chaque média à son surmoi - celui du chasseur français n’est pas le même que celui de la Hulotte - mais tous essayent de contenter leur auditoire, soit qu’ils doivent vendre pour vivre, directement ou indirectement par le biais de l’audience, soit qu’ils le fassent pour un prestige symbolique, ou bien encore pour la victoire de leurs idées. 

C’est peut-être cela le drame des journalistes : se former une représentation fautive du public qu’il sont censés informer.