. ©Getty - Colin Anderson Productions pty ltd
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Résumé

Dernière humeur de la « grille d’hiver », vous vouliez revenir sur l’un des mots les plus à la mode pour 2022.

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Et ce n’est pas le mot Covid rassurez vous – ça a commencé avant – pas le mot « influenceur », pas encore très « France Culture », c’est probablement le mot « Transclasse » qui est le grand engouement du moment. Pour faire un clickbait sur le site, comme on dit, autrement dit un happeau à clic, rien de tel que cette notion de transclasse, aucune autre notion pas même « Thermomix » ne fait mieux. « Comment perdre du poids en transclasse », « mon enfant HPI est un transclasse », « Bennalla transclasse », quel que soit le contexte ou ce terme est employé, il suscite un vif intérêt ce qui n’est pas pour m’étonner, pour avoir interrogé des Anglais, des Allemands, des Israéliens sur le succès de cette notion, j’ai bien l’impression qu’il s’agit d’une tradition nationale. États-Unis, la tâche est largement compensée par l'attrait pour les vainqueurs. Comme disait le vieux Marx, il serait temps, non plus d’expliquer le monde, mais de le transformer.

Personne ne reprochera à Sam Walton, fondateur de Walmart, ses origines sociales. Le mot est tellement prisé que tout le monde veut être transclasse, bientôt la famille de Monaco, les enfants Arnault ou Pinault, comme vous voudrez se diront transclasse. Nicolas Sarkozy imaginait son engagement comme une revanche sur l'humiliation sociale d'être un enfant de divorcés à Neuilly Sur Seine, quand Emmanuel Macron explique qu'il est un petit provincial venu de sa province pour réussir l'ENA. Au pays de Bourdieu, Annie Ernaux est devenue reine – le XIXe siècle littéraire évoquait l’ambition sociale, chez Zola ou Maupassant, même avant chez Stendhal, nous nous sommes transclasses de Didier Eribon, Edouard Louis ou Nicolas Mathieu à Annie Ernaux. Le récit de transclasse est devenu la forme idéale du « récit de soi ».

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Le destin du transfuge c’est cela ; parvenus à l'âge d'homme, leur vie faite, les voici réduits à remplir en permanence une fiche demandant la profession du père et celle de la mère... La voilà cette force étrange qui pousse chacun à se croire enfermé dans son milieu d'enfance et des déterminismes intériorisés. C’est pour cela que l’on peut ensuite se glorifier d'avoir simplement mené une vie d'adulte, faisant ses choix librement, en se pensant comme un enfant transgressif victorieux d'avoir vaincu ses peurs sociales. Les classes sociales demeurent en France, à la manière de prisons mentales. Comme disait le vieux Marx, il serait temps, non plus d’expliquer le monde, mais de le transformer.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
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