Raymonde Aron
Raymonde Aron
Raymonde Aron ©Getty - Sophie Bassouls
Raymonde Aron ©Getty - Sophie Bassouls
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Résumé

Puisque nous sommes appelés à voter dimanche, il n’est pas inutile de relire le prof, je veux parler de Raymond Aron, comme le surnomma Libération lors de son décès.

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Dans ses cours de philosophie politique Aron explique que la démocratie, ce n’est pas le règne de la concorde, de l’harmonie, mais au contraire celui du débat, de la controverse et du désaccord. Mais la spécificité de la démocratie, c’est, explique-t-il en substance, l’organisation du mécontentement. 

La démocratie comme une manière d’organiser la contestation, le refus, le non acquiescement, une idée profonde puisqu’elle suggère que l’état stable de la société c’est le désaccord, non l’unanimisme. Oui mais pour Aron, ce mécontentement justement est pris en charge par les institutions démocratiques, régulé par le vote, les alternances et les corps intermédiaires. 

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La société démocratique – car celle-ci existe, et pour Aron, la démocratie est un régime qui accompagne une forme d’organisation de la société et réciproquement – la société démocratique est à même, par l’intermédiaire des associations, des partis et des syndicats de refroidir le mécontentement, de l’articuler politiquement. Or c’est très précisément ce qui ne fonctionne plus, ou fonctionne mal aujourd’hui. 

La somme de mécontentement disponible dans la France d’aujourd’hui n’est probablement pas plus grande que celle sécrétée par la France d’hier, mais elle n’est plus prise en charge. La plupart des partis expriment désormais une colère, mais ces colères ne s’organisent plus politiquement – et cette campagne ressemble fort à une accumulation de diatribes contre quelque chose, sans que jamais un projet de recomposition ne succède à ce discours de décomposition – français contre étrangers, France d’hier contre France d’aujourd’hui, villes contre territoires, diesel contre vélo, ou bien encore, ce dualisme grossier, du peuple et de l’élite. 

Notre démocratie ne parvient plus à prendre en charge ce mécontentement, ce qui développe un mécontentement contre elle-même, poison contre lequel elle n’a pas d’antidote, et dont l’abstention est l’un des stigmates. C’est donc un peuple de mécontemporains qui va aller aux urnes ce dimanche. 

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Guillaume Erner
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