La Reine Elizabeth II en 2007.
La Reine Elizabeth II en 2007. ©Getty - Max Mumby/Indigo
La Reine Elizabeth II en 2007. ©Getty - Max Mumby/Indigo
La Reine Elizabeth II en 2007. ©Getty - Max Mumby/Indigo
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Cette expression, c’est probablement la dernière fois qu’on peut l’utiliser pour un souverain, et pas seulement parce que c’est un roi qui succède à la reine, Charles III à Elizabeth II.

« La reine est morte, vive la reine ! » traduit la continuité monarchique or quelque chose disparaît avec Elizabeth II, quelque chose qui disparaît pour toujours et à jamais. Pour le dire en une phrase, Elizabeth II était une reine et uniquement une reine, comme si chez Madame II, il n’y avait pas d’Elizabeth.

Elizabeth II était probablement la femme la plus célèbre du monde, et pourtant elle n’était pas une people, c’était la dernière incarnation d’une personne célèbre et célébrée qui résistait au système de la célébrité. Un ou une people, c’est un personnage dont on met en correspondance la vie publique et la vie privée, on peut décrire sa psychologie et son intimité. « Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre » disait Goethe, mais aujourd’hui nous sommes tous des valets de chambre, alors il n’y a plus de grande femme ou de grand homme, sauf Elizabeth II dont les « butlers » sont probablement demeurés muets toute leur vie.

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Plus rien ne sera comme avant, de Charles III ex-Prince Charles nous connaissons tout, toutes ses frasques, jusqu’à ses conversations téléphoniques. La Reine n’a probablement jamais téléphoné, en tout cas nous n’en avons rien su, songez donc qu’Elizabeth II est le dernier personnage au monde avec Louis XIV à n'avoir jamais répondu à une interview.

« La reine est morte, vive la reine » est l’exclamation analysée par l’historien Ernst Kantorowicz dans son ouvrage Les deux corps du roi, une expression justement inventée par la dynastie anglaise des Tudor au XVème siècle. Kantorowicz ne se contentait pas d’insister sur la nature double du pouvoir, mortelle et éternelle, il insistait aussi sur la manière dont le pouvoir temporel et politique absorbait le pouvoir spirituel, comme le « fiscus » s’emparaît du « christus ». C’est un cycle qui s’achève avec la disparition d’Elizabeth II, dernière Reine qu’aurait pu étudier Kantorowicz, Reine aux deux corps parce que l’un d’entre eux est demeuré dans la pénombre. Tous ses successeurs n’en auront plus qu’un, l’ère de Buckingham s’achève, celle d’Instagram commence.

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Guillaume Erner
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Guillaume Erner
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Mydia Portis-Guérin
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