Jean-Pierre Bacri sur le tournage de Subway
Jean-Pierre Bacri sur le tournage de Subway ©Getty -  Patrick CAMBOULIVE
Jean-Pierre Bacri sur le tournage de Subway ©Getty - Patrick CAMBOULIVE
Jean-Pierre Bacri sur le tournage de Subway ©Getty - Patrick CAMBOULIVE
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Avec Jean-Pierre Bacri, c’est un mystère qui s’en va…

Ce matin, il est populaire partout, populaire tout court pourrait-on dire, populaire du Figaro à L’Humanité. Parce que le type qu'il incarnait -  le bougon, le râleur - est probablement l’un des personnages les plus chers au cœur des Français, de tous les Français. Et c’est à ce détail que l’on comprend que les Français ne sont pas américains, ils ne sont pas positifs. L’idée de voir les choses embellies, en grand, en super, très peu pour eux ! Ils veulent du ronchon, du grignotis, du râle… Et c’est cela le mystère : comment un personnage de râleur a-t-il pu devenir l’égal, en popularité, du vainqueur à la Sylvester Stallone, ou de l’alpha mâle à la Daniel Craig ? 

D’abord, il faut donner aux choses leur juste dimension. En France, l’esclave dit toujours oui, l’homme libre dit toujours non. Un petit non. Il ne veut pas, il refuse, il n’est pas content. C’est un refus avec un petit "r", pas un refus de résistant, non ! Un refus de ronchon et de râleur. 

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1h 03

"Je n’ai pas de raisons d’être gai, je suis un être humain, pas un animateur"

C’est le signe, à la Jean-Jacques Rousseau, que l’on n’a pas de raison d’être heureux. Le bonheur, c’est pour les imbéciles. Ou comme le disait Bacri, « je n’ai pas de raisons d’être gai, je suis un être humain, pas un animateur ». Alors soit, on ne peut pas être heureux, on n’a pas de raisons de l’être… « Un plaisir de venir aux Césars ? Je n’irais pas jusque-là » disait il… 

Mais il y a plus : il y a quelque chose qui explique pourquoi ce ronchon est immensément aimé – parce que la râlerie en France a des vertus intégratrices. Celui qui gagne et s’intègre, c’est celui qui n’est pas content, qui refuse le système et le monde tel qu’il est organisé. 

Ce n’est pas le désespoir à la Kierkegaard, ou bien les souffrances du jeune Werther, c’est juste le fait de considérer que le monde n’est pas à sa place. C’est pas la Shoah, c’est le bordel, c’est mal rangé, ou trop bien rangé que l’on n’y retrouve rien, qu’il fait trop chaud ou trop froid, bref que rien ne va. 

30 min

La vie n’est pas une vallée de larmes, c’est une vallée mal foutue. Et si on avait été Dieu, on n’aurait certainement pas fait les choses ainsi, et puis d’abord où il est ce Dieu pour rappeler les meilleurs en premier, les meilleurs comme Bacri, ceux qui ont compris qu’il n’y a rien de meilleur que dire que cela ne pourrait pas être pire ?