Des hommes prient en l'honneur des victimes tuées dans l'attaque d'une synagogue de Pennsylvanie, à Pittsburgh, samedi dernier.
Des hommes prient en l'honneur des victimes tuées dans l'attaque d'une synagogue de Pennsylvanie, à Pittsburgh, samedi dernier. ©AFP - JEFF SWENSEN
Des hommes prient en l'honneur des victimes tuées dans l'attaque d'une synagogue de Pennsylvanie, à Pittsburgh, samedi dernier. ©AFP - JEFF SWENSEN
Des hommes prient en l'honneur des victimes tuées dans l'attaque d'une synagogue de Pennsylvanie, à Pittsburgh, samedi dernier. ©AFP - JEFF SWENSEN
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Oui, c’est une question en vogue – sous-entendu, entre l’antisémitisme de certains musulmans fanatiques, l’antisémitisme de Daesh pour faire court, et l’antisémitisme nazillon, lequel des deux est le plus dangereux ?

Un débat qui ne manquera pas d’être relancé par le massacre de la synagogue de Pittsburgh, onze morts ce samedi, perpétrés par un suprématiste blanc, un certain Robert Bower. 

Car depuis quelques temps, il s’agit donc de distinguer un antisémitisme qualifié de nouveau d’un antisémitisme ancien. Avec deux sous-entendus : le premier, dissocier l’antisémitisme musulman — le nouvel antisémitisme — de l’antisémitisme d’extrême-droite, et le second, bien souvent, considérer que le premier est désormais bien plus dangereux que le second. 

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Cette comparaison a engendré d’étonnants raccourcis. Par exemple, que l’on pouvait s’allier à l’extrême-droite pour combattre l’antisémitisme daeshien : peut-être un jour estimera-t-on que l’on peut convoquer Maurras pour lutter contre l’antisémitisme ? Après tout d’autres ont bien voulu confier à Bachar el-Assad le soin de lutter contre le terrorisme…

Invoquer un nouvel antisémitisme pour clarifier les choses relève de la fausse bonne idée. Le monde musulman réservait un statut inférieur aux fidèles des autres religions, notamment aux juifs : le statut de Dhimmis. Mais au final, la coexistence entre juifs et musulmans s'est déroulée de manière plutôt harmonieuse, au contraire de la situation au sein du monde chrétien. C'est l'Espagne qui a inventé au XVe siècle les statuts de pureté du sang, lesquels préfigurent l'antisémitisme racial. Les premiers pogroms se sont déroulés en Russie. Le monde musulman a-t-il développé "son" antisémitisme, ou bien a-t-il observé ce qui se passait en Europe ? 

Le général Kadhafi n'aimait rien tant qu'offrir à ses visiteurs de marque des beaux exemplaires reliés des Protocoles des sages de Sion — et c’est en Russie que les Protocoles des sages de Sion ont été écrits. Dans ces conditions, son antisémitisme doit-il être qualifié de nouveau ou d'ancien ? 

L’antisémitisme est un mot simple qui désigne une réalité bien complexe. Cette réalité complexe c’est aussi ce qu’il faut retenir de la tragédie de Pittsburgh.

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