Logo de la nouvelle Task Force européenne Takuba, Mali - novembre 2020
Logo de la nouvelle Task Force européenne Takuba, Mali - novembre 2020 ©AFP - Daphné BENOIT / AFP
Logo de la nouvelle Task Force européenne Takuba, Mali - novembre 2020 ©AFP - Daphné BENOIT / AFP
Logo de la nouvelle Task Force européenne Takuba, Mali - novembre 2020 ©AFP - Daphné BENOIT / AFP
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Nous recevons Niagalé Bagayoko, présidente de l'African Security Sector Network, et Jean-Hervé Jézéquel,directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group pour revenir sur la situation sécuritaire au Sahel.

Avec
  • Niagalé Bagayoko Docteure en science politique, diplômée de l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris et spécialiste des politiques internationales de sécurité et de la réforme des systèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest
  • Jean-Hervé Jézéquel Directeur de projet Sahel à l’International Crisis Group

En juin dernier, confronté au risque d’un enlisement militaire au Sahel le président Emmanuel Macron a annoncé la suspension progressive de l’opération Barkhane lancée en 2014 pour lutter contre la prolifération du terrorisme au Sahel. En dix ans, la menace terroriste n’a jamais semblé aussi vivace. L’été 2021 a connu une recrudescence sans précédent des attaques terroristes au Burkina Faso, au Mali et au Niger, dans la zone des trois frontières. Quel avenir pour le Sahel après le départ des troupes françaises? Quels liens entre les talibans afghans et les groupes terroristes sahéliens? Quelles alternatives aux opérations militaires occidentales? 

Avec Niagalé Bagayoko, politologue, présidente de l’African Security Sector Network, une organisation panafricaine qui rassemble des spécialistes de la réforme des systèmes de sécurité, et Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group.                                                     

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Spirale de violences au Sahel

Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, des attaques terroristes ont fait de nombreuses victimes civiles ces dernières semaines, alors que la situation se détériore sur une tendance longue. Le "Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans" (JNIM, acronyme arabe) affilié à Al-Qaïda et les satellites de l'Etat islamique se disputent depuis début 2020 la prééminence dans la région sahélienne, avec des conséquences lourdes pour la population. 

D'une manière générale, on constate que les groupes affiliés à l'État islamique commettent des atrocités beaucoup plus fréquentes et beaucoup plus massives dans les zones qui sont sous leur contrôle, notamment dans la région des Trois frontières. Niagalé Bagayoko

A Solhan cependant, il semblerait que l'indiscipline de factions du GSIM aurait conduit à un massacre de civils à rebours de la stratégie de protection des populations prônée par la branche d'Al-Qaïda.

La branche affiliée à l'État islamique est plus violente que celle affiliée au GSIM au Sahel central. Si on porte le regard sur le lac Tchad, c'est l'inverse. L'ISWAP, cette branche affilié à l'État islamique sur le lac Tchad, s'est singularisé par un traitement plus attentif à la préservation de la vie des musulmans. Jean-Hervé Jézéquel

Quand on s'interroge sur le profil des combattants, on voit que c'est des gens qui vivent souvent dans les espaces frontaliers, qui sont en rejet de l'Etat. Jean-Hervé Jézéquel

Quelle solution politique ?

Peut-on dialoguer avec les groupes djihadistes ? Quelles sont leurs revendications politiques ?

La première revendication du GSIM est le départ des troupes étrangères parce qu'il se pose en acteur à prétentions nationales, estimant que les modèles sociaux et moraux propres à l'islam doivent prévaloir. Niagalé Bagayoko

Différents accords très locaux ont été d'ores et déjà conclus, notamment pour permettre un meilleur accès aux champs, aux cultures, aux pâturages, qui était rendu difficile justement par la présence jihadiste. Niagalé Bagayoko

Alors que l'ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta s'était déclaré pour des négociations avec les islamistes, le Niger a déjà approché l'Etat islamique, tandis que la France s'oppose encore à des négociations au niveau national.

Le véritable cliquet, ce sera au moment où ces Etats engageront un dialogue d'État à groupe jihadiste. On n'en est pas encore là. Il y a encore beaucoup de tâtonnements. Jean-Hervé Jézéquel

L'échec de la stratégie militaire française

Pour Niagalé Bagayoko, si comparaison il y a avec la situation afghane, elle repose sur la faillite de stratégies militaires occidentales standardisées. Pour Jean-Hervé Jézéquel, la reconstruction de l'Etat a également été pensée surtout par les acteurs étrangers.

Aujourd'hui, du côté d'Emmanuel Macron, il y a une position un peu facile de dire c'est vous qui n'avez pas assumé votre part dans la discussion, votre part de la stratégie. Jean-Hervé Jézéquel

Il y a eu des avancées, ces troupes-là se sont aguerries, mais tout cela n'ira pas loin si l'Etat est incapable, en parallèle, de faire des efforts beaucoup plus substantiels dans la production de services utiles et de proximité aux citoyens, des formes de justice et des capacités à supporter la médiation dans toute une série de conflits locaux autour des ressources naturelles et du foncier. Jean-Hervé Jézéquel

L'équipe

Chloë Cambreling
Chloë Cambreling
Chloë Cambreling
Production
Manon Prissé
Collaboration
Juliette Devaux
Collaboration
Marceau Vassy
Collaboration
Félicie Faugère
Réalisation
Stéphanie Villeneuve
Production déléguée