Au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière à Paris, le 14 octobre 2020
Au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière à Paris, le 14 octobre 2020 ©AFP - LUCAS BARIOULET
Au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière à Paris, le 14 octobre 2020 ©AFP - LUCAS BARIOULET
Au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière à Paris, le 14 octobre 2020 ©AFP - LUCAS BARIOULET
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Un an après le premier confinement et alors que 16 départements viennent d'être reconfinés, retour sur la situation des hôpitaux français avec le médecin anesthétiste Matthieu Le Dorze, également directeur médical adjoint de crise en charge des soins critiques à l'hôpital Lariboisière-Fernand Widal.

Avec
  • Matthieu Le Dorze Médecin rattaché au département d'anesthésie-réanimation de l'Hôpital Lariboisière-Fernand Widal, directeur adjoint de crise en charge des soins critiques

Matthieu Le Dorze revient sur la situation très tendue à l’hôpital Lariboisière.

Il y a une grande lassitude. Une fatigue physique et nerveuse d’être dans ce quotidien de crise, mais a-t-on vraiment le choix de devoir tenir ? La principale limite de notre système aujourd’hui, c’est les ressources humaines, c’est-à-dire la disponibilité des soignants. Ce qui nous permet de tenir, c’est aussi la chance d’être dans l’action, et dans un collectif qui s’est révélé dans cette période. 

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On est dans une situation de rupture entre l’offre de soin et les ressources. Il faut se poser la question de la priorisation, qui ne se résume pas à la situation extrême de devoir choisir qui de tel patient ou d’un autre aura le dernier respirateur disponible. De façon plus complexe, cela consiste à savoir quelle place on laissera aux patients non-Covid dans les parcours de soins critiques. C'est là qu'il faut être vigilant, et ne pas tomber dans une logique événementielle qui n’admettrait que des patients Covid au détriment des autres.

Pour ouvrir cinq lits de réanimation dans un hôpital, il faut déprogrammer 30% de l’activité chirurgicale. C’est cela le tri. Cela va de la régulation habituelle à la régulation entre patients Covid et non-Covid, cela passe aussi par la déprogrammation.

Quant à la décision de procéder à des évacuations sanitaires, elle s'élabore en lien entre l’ARS Ile-de-France et l’AP-HP, en fonction des places disponibles.

On nous demande de tenir une liste de patients susceptibles d’être transférés sur critères médicaux : des cas suffisamment graves pour avoir un projet de réanimation dans l’établissement d’accueil, mais pas trop non plus pour assurer la sécurité de leur transport. Finalement on se retrouve certains jours à ne pas trouver les patients qui correspondent aux critères. 

Lorsque les critères sont réunis, il faut prendre contact avec la famille pour lui expliquer le projet. Des efforts sont faits aussi sur la capacité à se déplacer, à se loger sur place et à ménager des droits de visite similaires.

Pour Matthieu Le Dorze, la famille joue un rôle primordial dans le parcours de réanimation du patient.

Avant la crise, les visites en service de réanimation étaient pour beaucoup ouvertes 24h/24. C’était le soin avec les familles. Elles nous ont toujours aidé à prendre des décisions quand les patients n'étaient pas en capacité de s’exprimer. Elles comptent aussi parce qu’elles incarnent la personne absente tout au long du parcours de soins.

Nous avons la responsabilité de donner le maximum de possibilités aux familles de revenir dans les services pour visiter leurs proches. Et si des familles ne respectaient pas les mesures de protection, on leur expliquerait. Si ça ne marchait pas, on ne leur permettrait plus les visites. Mais il ne faudrait pas que cela empêche les autres de venir.

Je ne le ressens pas encore, mais cette pandémie a forcément dû changer quelque chose dans notre métier. On devra pouvoir raconter ce qui s’est passé, ce qu’on a fait aussi, puisque certaines pratiques soignantes ont évolué dans cette période.  

Le Choix musical de Matthieu Le Dorze : 

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Chloë Cambreling
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Production
Stéphanie Villeneuve
Production déléguée