Grande Touffe d'herbes, Albrecht Dürer - (Palais Albertina à Vienne)
Grande Touffe d'herbes, Albrecht Dürer - (Palais Albertina à Vienne)
Grande Touffe d'herbes, Albrecht Dürer - (Palais Albertina à Vienne)
Grande Touffe d'herbes, Albrecht Dürer - (Palais Albertina à Vienne)
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En se penchant sur les fleurs de la peintre américaine Georgia O’Keeffe, l’historienne de l’art Estelle Zhong Mengual nous invite à changer de regard sur le monde vivant.

Avec

Estelle Zhong Mengual, historienne de l’art, continue de mener sa révolution de la perception. Dans Peindre au corps, elle se penche sur les fameuses fleurs de l’artiste américaine Georgia O’Keeffe, dans lesquelles plus d’un a voulu voir des allégories de sexes féminins.

Estelle Zhong Mengual, elle, y voit tout autre chose. Une proposition de l’artiste ; une invitation à expérimenter différemment la beauté de ce qui nous environne. Voyez par vous- même. À la distance à laquelle Georgia O’Keeffe place l’oeil de son objet, le spectateur embrasse un peu le point de vue d’un pollinisateur. Et après tout, pourquoi pas ? Les sciences naturelles nous enseignent que les particularités des fleurs ne sont pas là pour plaire aux humains, mais que « chaque singularité de leur corps, leur couleur, leur forme, leur parfum a été façonnée pour l’appréciation d’autres vivants que nous, les pollinisateurs ».

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Voir dans les fleurs de O’Keeffe des allégories anatomiques, c’est faire fausse route. C’est continuer à faire des autres êtres vivants que nous un décor, des symboles, un support, pour l’humain. Une vision de la nature qui a longtemps prévalu dans l’art. Dans Apprendre à voir. Le point de vue du vivant, Estelle Zhong Mengual notait à quel point la nature omniprésente dans l’art pouvait en être en vérité fondamentalement absente. Songez aux travaux de Caspar David Friedrich. La mer n’y est pas représentée pour elle-même, mais pour y figurer la solitude et l’immensité.

C’est à une véritable enquête sur notre œil et son exercice que se consacre Estelle Zhong Mengual pour qui l’histoire de l’art doit maintenant se poser la question du manque de « culture du vivant ». Mais elle s’attache aussi à trouver dans des dizaines d’œuvres, de Dürer à O’Keeffe en passant par des travaux de naturalistes britanniques, des pistes pour allier savoir et sensibilité, glanant dans l’histoire de l’art comme on récolterait en forêt ou au jardin.

Voir les fleurs

Les fleurs de Georgia O’Keeffe, personne ne prend le temps de les voir. Tout le monde associe beaucoup de choses à ces fleurs mais personne ne les regarde vraiment. Alors c'est quoi voir vraiment une fleur ?

Avec ses fleurs... On est vraiment à l'orée de la fleur, on est comme en train d'entrer dans la fleur, depuis une perspective qui ne nous est pas accessible en tant qu'humain, avec un angle de vision qui ne nous est pas vraiment possible avec nos corps d'humains. Mais il y a bien des êtres qui ont cette perspective : les pollinisateurs.

Tout ce que nous appelons beau dans une fleur, a été sculpté par l'évolution pour d'autres êtres que nous ; des insectes, des oiseaux, des chauves-souris... Alors là, il y a un mystère assez intéressant. Parce que si on prend au sérieux qu'on trouve les fleurs belles, alors ça voudrait dire qu'on partage un goût esthétique avec par exemple... les coléoptères.

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
June Loper
Réalisation
Jules Crétois
Collaboration