Doit-on démondialiser nos économies ?  

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. ©Getty - Anucha Sirivisansuwan
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Peut-on revenir sur la tendance la plus profonde de notre époque ; la mondialisation économique ? Oui répondent nos deux invités, qui plaident pour l'un pour la "relocalisation", l'autre pour la valorisation des "biens communs".

Avec
  • Jérôme Cuny Auteur de Relocaliser (Tana, 2022)
  • Guillaume Vuillemey économiste, professeur de finance à HEC Paris

Pour Guillaume Vuillemey, la mondialisation a comme tort d'avoir couplé une abondance de biens privés à une raréfaction des biens communs. Pour Jérôme Cuny, le principe de relocalisation est, à moyen terme, la meilleure réponse à ce phénomène qu'il constate aussi.

Mais les deux auteurs le concèdent : "démondialiser" et "relocaliser" ne sont pas des tâches aisée. Et les questions se bousculent : des formes de protectionnisme réactifs ne risquent-ils pas encore d'accroître la concurrence entre les pays ? Quant aux ambitions de relocalisation, relèvent-elles seulement de la volonté politique ? Les économies du Nord ont externalisé au point de ne plus disposer des savoir-faire utiles pour des produits nécessaires et courants.

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Mers, échanges et droits

Guillaume Vuillemey retrace l'histoire de la mondialisation et de ce qu'il appelle la déterritorialisation des échanges. "Initialement, beaucoup de gens n'ont vu dans la mondialisation qu'un allongement de la distance des échanges. Ce que je dis c'est que cette vision occulte un fait : l'allongement dans la distance se fait au profit d'un contournement du droit."

Lui s'est amusé à étudier la mondialisation notamment au prisme des mers. Aujourd'hui, pas loin de 80% des bien échangés dans le monde - et pas mal des biens que nous consommons- circulent sur les mers. L'immense majorité des grands bateaux qui assurent cette circulation sont immatriculés dans des pavillons de complaisance, avec un contournement du droit commun. "Le droit des échanges mondialisés a été un contournement des juridictions et des ordres politiques qui contreviennent aux intérêts marchands."

Une question d'autonomie

La pandémie et la guerre en Ukraine ont mis à nu la fragilité des liens commerciaux et ont mis en lumière notre dépendance à des chaînes mondialisées et qu'on imaginait parfaites. Pour Jérôme Cuny, il ne s'agit pas forcément de tout relocaliser, "mais de s'offrir la possibilité de choisir sur quels produits, quels services, on souhaite avoir de nouveau de la souveraineté et de l'autonomie. Quels sont les biens communs, les intérêts stratégiques à faire prévaloir sur le marché ? C'est aussi une question de choix. La mondialisation nous a projeté dans un monde de 'toujours plus', d'accumulation. Mais ça n'est pas un choix ça. Cela fait quarante ans qu'on ne fait plus de choix en matière de production et de consommation."

Pour Guillaume Vuillemey, le sujet est là :"Nous ne sommes pas seulement des consommateurs privés. Il y a des biens communs à protéger. Des biens communs qui sont aussi des intérêts, des écosystèmes, à extirper du marché pur."

"Démondialiser" : pas une affaire facile

Jérôme Cuny se veut honnête. Relocaliser,démondialiser... ne sera pas une mince affaire. Il donne un exemple : des savoir-faire se sont perdus. Une première barrière, un premier défi à la relocalisation. "Les travaux manuels et les savoirs techniques, indispensables dans la production industrielle ne sont plus valorisés depuis des décennies. Nous sommes devenus une société de services. L'exemple typique c'est le savoir-faire dans le textile dans le Nord, qui s'est perdu. Ou même la maintenance dans le nucléaire."

Le consultant pointe encore d'autres réalités : "Il y aura aussi une question foncière. Ramener des usines, c'est aussi trouver l'espace. C'est de l'artificialisation des sols. On est confronté à cette réalité : on a aussi externalisé notre pollution. On voudrait bien ramener nos usines, mais pas la pollution. Mais c'est un défi intéressant. Les contraintes réglementaires sont plus importantes en France. Une étude à montré que sur les industries émettrices de gaz à effets de serre comme la sidérurgie, on pourrait arriver jusqu'à 90% de réduction des émissions. Et puis n'est ce pas plus mal d'avoir nos impacts chez nous, les voir et donc tâcher de les réduire ?"

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