.
. ©AFP - ANWAR AMRO
. ©AFP - ANWAR AMRO
. ©AFP - ANWAR AMRO
Publicité

Le retour du choléra, après une épidémie de braquages de banques a frappé les esprits. Le Liban va de crise en crise. Alors que le pouvoir est vacant, que deviennent les promesses de soutien international ?

Avec
  • Karim Emile Bitar Professeur à l'Ecole normale supérieure de Lyon et à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, spécialiste du Proche et Moyen-Orient.
  • Caroline Hayek Journaliste à L'Orient-Le Jour

Comment un des pays les plus prospères de sa région a-t-il sombré dans un cycle de crises politiques et économiques sans fin ? Le Liban ne semble pas finir de s'écrouler et le risque aujourd'hui est simple : un 'state collapse', pour reprendre les termes de Karim Emile Bitar, c'est à dire un effondrement total des institutions de l'Etat.

Le tableau brossé par le chercheur est sombre. "La situation est le fruit d'une crise multidimensionnelle. Certes, la corruption est une explication. Mais il y a des causes structurelles. Le système politique libanais est sclérosé, dysfonctionnel. Le pays n'a jamais été totalement souverain. Il a toujours été un état-tampon de la la géopolitique structurelle. Et plus que jamais, il est pris dans la tourmente régionale et de la guerre par procuration irano-saoudienne."

Publicité

Choléra et institutions en péril

Le retour du choléra a bien sûr marqué les esprits, même si pour le moment, la situation est moins terrible qu'en Syrie. Caroline Hayek rappelle que l'apparition de la maladie est liée à la gestion de l'eau. "L'eau n'arrive même pas toujours dans les habitations à Beyrouth. Alors dans les camps de réfugiés syriens, on dépend d'eau de fournisseurs privés, peu scrupuleux. On ne connaît pas son traitement..." Et s'inquiète : "Le choléra pour le moment ne se disperse pas mais le pays est sur ses gardes. Dans le nord du pays et même d'autres régions, il n'est pas certain que le système hospitalier puisse faire face à une épidémie de choléra."

Parler du choléra, c'est donc parler des défaillances de l'Etat libanais. Karim Emile Bitar souligne : "Nous avons déjà vu des institutions comme l'Université libanaise sombrer dans un état de mort clinique. Des fonctionnaires, y compris des hauts serviteurs de l'Etat ne se rendent plus à leur travail. Leur paie est dérisoire et ils ne peuvent pas payer l'essence pour aller jusqu'à leur lieu de travail. La justice ne fonctionne plus..."

Braquages de banque en série

La situation économique est catastrophique et à Beyrouth, des Libanais braquent des banques pour avoir accès à leurs propres fonds. Caroline Hayek précise : "On a vu jusqu'à un diplomate braquer sa propre banque..." La journaliste explique que la population se prend d'affection pour ces braqueurs et qu'au Liban, on parle de "révolte des déposants". Elle rapporte l'histoire de Salih Hafez : "Une jeune femme de 28 ans qui a débarqué armée dans sa banque pour récupérer une partie de son argent bloqué pour soigner sa soeur cancéreuse. Forcément, elle est apparue comme une héroïne."

La journaliste raconte une scène de braquage dont elle a été témoin. Une scène lunaire. "L'atmosphère était très bizarre. Le braqueur... vous avez du mal à le percevoir comme une personne qui agisse d'une mauvaise manière... Des policiers gravitaient dans l'agence, pas loin de journalistes..."

Une crise politique

Derrière les multiples crises que traverse le Liban, il y a une faillite politique. "Les événements sont venus jeter une lumière crue sur les failles du système. Le pays est gouverné par des intérêts privés et catégoriels", souligne Karim Emile Bitar. La vacance présidentielle que traverse le Liban "montre bien selon lui que ce qui était une démocratie parlementaire libérale, est devenue une sorte d'oligarchie, dans laquelle cinq ou six leaders communautaires décident de tout". Pour le chercheur, la logique politique empêche la démocratie intracommunautaire et chaque ancien chef de milice, oligarque ou milliardaire, inféodé à des puissances régionales, impose son contrôle sur sa propre communauté.

Pour Caroline Hayek, le drame se situe dans les franges de la jeunesse qui perdent espoir et ne songent plus qu'à quitter le pays. Mais la journaliste pense aussi que les exigences de justice portée par les familles de victimes de l'explosion du port de Beyrouth, et les revendications du mouvement de 2019 ont semé des graines. "Le changement prendra du temps, mais lors des dernières élections législatives en mai, on a senti la volonté de transformer la classe politique".

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
June Loper
Réalisation
Jules Crétois
Collaboration