Résidents d'un EHPAD à Aulnay sous Bois
Résidents d'un EHPAD à Aulnay sous Bois  ©AFP - JOEL SAGET
Résidents d'un EHPAD à Aulnay sous Bois ©AFP - JOEL SAGET
Résidents d'un EHPAD à Aulnay sous Bois ©AFP - JOEL SAGET
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Après un confinement éprouvant pour les personnes âgées, principales victimes du coronavirus, doit-on reconsidérer leur place dans la société pour éviter pareille situation à l'avenir ? Pour en parler, Michèle Delaunay et Maylis Besserie sont nos invitées ce matin.

Avec
  • Michèle Delaunay Députée PS de la Gironde. Conseillère Municipale de Bordeaux.Ancienne ministre déléguée chargée des personnes âgées.
  • Maylis Besserie Productrice, romancière.

Selon le dernier bilan officiel, le Covid-19 a jusqu'ici provoqué 9973 décès en Ehpad, sur plus de 27 000 morts en France. La gestion de la crise sanitaire est fréquemment critiquée, en particulier dans les structures qui accueillent nos aînés, pourtant cibles privilégiées du  virus. La crise sanitaire pourrait-elle faire évoluer la place des personnes âgées dans la société ? 

Nous recevons en première partie Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, et cancérologue. 

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Et en deuxième partie, nous mettons en lumière une histoire de maison de retraite et de fin de vie, mais celle de Samuel Beckett, que raconte Maylis Besserie dans son roman « Le Tiers Temps », paru chez Gallimard, et qui a reçu lundi le Prix Goncourt du premier roman. Dans ce livre, celle que vous connaissez aussi pour être productrice à France Culture, imagine les cinq derniers mois de la vie du dramaturge irlandais qu'il a passé dans une maison de retraite parisienne, baptisée « Le Tiers Temps »

Le grand-âge en souffrance 

Les chiffres sont éloquents et devraient peser sur la conception qu’on se fait du grand âge. Car les morts sont principalement des personnes âgées. 90% des morts du covid ont plus de 70 ans. Donc c’est une interpellation considérable quant à la longévité que l’on croyait solide. Mais il est certain que nous devons revoir notre conception du grand âge mais aussi de l’accueil du grand âge. Michèle Delaunay

"Il est assez terrible de penser que 50% des morts de l’épidémie ont eu lieu en EHPAD alors que les EHPAD ne représentent que 1% de la population."

37 min

Pouvait-on éviter une telle situation ? 

"Ce n’est pas une faute mais un retard important. Et ce retard a été à l’origine de cette crise. Avec l’expérience des Italiens, nous savions dès le début que la covid était particulièrement dangereuse pour les personnes âgées. Et c’est par cet intérêt moindre voire secondaire que l’on attribue au grand âge que nous avons vu les chiffres alarmants qui ont suivis."

J’aurais aimé un langage de clarté mais le confinement était la seule arme pour faire "diminuer la température de l’épidémie". Mais il y a eu deux maladresses. Le confinement individuel dans les EHPAD a ajouté beaucoup de souffrance car la répercussion psychologique était considérable. Et la seconde erreur est qu’on avait imaginé faire une barrière d’âge à l’heure du déconfinement. Personnellement, j’aurais demandé un avis médical de la part des médecins traitants pour savoir si les personnes de plus de 70 ans pouvaient sortir comme les autres. Michèle Delaunay

Les derniers mois de la vie de Samuel Beckett : conversation avec Maylis Besserie, lauréate du prix Goncourt du premier roman 2020

"Ça m’intéressait de revenir sur l’ensemble de la vie de Beckett mais dans le désordre. Et la fin de vie permet de revenir sur l'avant. Ce que j’imaginais c’est qu’à l’intérieur de ce monde devenu petit, il y a avait encore cette puissance et cette vivacité de l’homme et de l’écrivain. Le monde était devenu minuscule mais infini."

Il y a ces idées d’enfermement et de liberté. Beckett est dans un lieu (la maison de retraite "le Tiers Temps") dont il comprend petit à petit qu’il ne va pas sortir. Il y a aussi les idées de suivis médicaux. Ce que j’imaginais dans ces lieux c’est que ce rapport étrange fait que tout le monde est sur un pied d’égalité. Et à travers sa voix intérieure Beckett montre qu’au fond de lui il est toujours le même, il est toujours fougueux malgré le fait que sa mémoire se délite. Maylis Besserie

59 min

"Il y a cette étrangeté de ce lieu aseptisé. Ce sont des lieux très standardisés et il y a une vraie violence de se retrouver là. Et la liberté en prend un coup. Et en même temps, il y a une forme de revanche pour l’écrivain. Moins le corps suit et plus le cerveau fuse."

Dans le rapport aux autres et à la distance, Beckett avait de grands liens d’amitiés qui se sont noués et en même temps il avait un coté sauvage. Il était toujours loin des autres mais avec les autres. Beckett était seul au milieu des autres. Et je voulais exprimer la vieillesse non pas avec une vision tragique mais plus d'une manière comique avec une grande curiosité. Maylis Besserie

Vous pouvez (ré)écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Et pour retrouver la première partie de l'émission, c'est par ici. 

28 min

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
David Jacubowiez
Réalisation