©AFP - JOEL SAGET
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Benoît Bouscarel reçoit Antoine Vayer, chroniqueur sportif au Monde, ancien entraîneur de l’équipe Festina et Isabelle Queval, philosophe, spécialiste du sport et enseignante chercheuse à l’INSHEA.

Avec
  • Antoine Vayer professeur d'EPS, ancien entraineur de l'équipe Festina
  • Isabelle Queval philosophe, professeure à l’INSHEA et ancienne sportive de haut-niveau

C’est un Tour de France différent des autres qui s’est achevé hier, sur les Champs-Elysées, à Paris par la victoire d’Egan Bernal.

Différent, parce que de l’avis de tous les observateurs compétents et autres spécialistes avisés, la compétition était plus ouverte, plus disputée que ces dernières années. Le suspense et les retournements de situation, ont été de mise jusqu’à l’avant-dernière étape à Val Thorens d’ailleurs, les audiences de France Télévision s’en sont ressenti : 34 millions de téléspectateurs se sont branchés au moins une fois sur une retransmission, des audiences records dues notamment à la prestation de coureurs français : Alaphilippe, Pinot, Bardet, mais aussi à ce suspense qu’on croyait avoir perdu dans les années 1990 et 2000 

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Qu’il soit dû à un recours moindre au dopage, comme on peut en avoir l’impression ou plus largement au changement de statut des champions (qui apparaissent plus faibles, plus faillibles), cet attrait renouvelé pour le Tour de France nous donne l’occasion ce matin de prendre des nouvelles de ces super-héros, ces gladiateurs des temps modernes.

Thibaut, contrairement à d’autres, donnait des garanties éthiques et de puissance qu’il a toujours eues (….) avec un entourage qui n’est pas de médecins. Antoine Vayer 

On a toujours des gens qui sont sur le tour de France et qui encadrent les coureurs dont des docteurs qui sont une des plus grandes plaies dans l’encadrement.

La naïveté est le fonds de commerce de la tricherie et du dopage. 

Le public veut de l’incertitude. Isabelle Queval

L’attrait du public pour les héros en général, ceux du tour de France en particulier qui sont médiatisés pendant trois semaines, est un attrait qui mêle fascination et répulsion.

Les gens veulent du spectacle, de l’extraordinaire.

Il y a eu plusieurs ères : il y a eu l’ère des années 1990 où c’était du délire, ce que moi j’ai appelé la période mutante. Après, on a eu la période des miraculeux avec un petit peu de Watts en moins. Après, il y a eu des suspects et puis on arrive à un mixte entre des suspects et des humains. Enfin bon, c’est quand même les suspects qui l’emportent. Le dopage n’est pas éradiqué, les tricheurs, il y en a qui sont là, ils côtoient des gens éthiques et qui ont envie de faire cela bien, ce qui est nouveau c’est qu’il y a des coureurs (…) qui vont dire non : pas parce qu’ils ont peur de se faire prendre au contrôle, mais ils vont dire non parce que sincèrement ils n’ont pas envie. Antoine Vayer

Ils ne font pas de choix, le seul choix qu’ils feraient c’est celui du risque : (…) tant que je joue, je gagne. 

Le dopage et la tricherie paient. Avec le holdup, on se fait un nom.

Il y a investissement sur le corps puisqu’on on a repoussé les ailleurs ou les au-delà qui pouvaient autrefois structurer les sociétés, structurer les collectifs. Aujourd’hui, on est dans une ère plutôt individualiste où les transcendances (…) se trouvent à partir de soi et dans une espèce de glorification de la performance individuelle, de l’optimisation de la performance intellectuelle mais surtout physique, d’embellissement du corps. Isabelle Queval

L’intérêt du Tour de France et du sport spectacle c’est de gagner de l’argent, mais là où ils ont tort c’est qu'en fournissant des gladiateurs éthiques, (…) ils gagneraient plus d’argent mais ce n’est pas cela qui les préoccupe. Antoine Vayer

La concurrence bloque la réflexion éthique. Isabelle Queval

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