Au Conseil scientifique succèdera le Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires, dont le nom des 19 membres sera donné dans les prochains jours ©Getty - Cavan Images
Au Conseil scientifique succèdera le Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires, dont le nom des 19 membres sera donné dans les prochains jours ©Getty - Cavan Images
Au Conseil scientifique succèdera le Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires, dont le nom des 19 membres sera donné dans les prochains jours ©Getty - Cavan Images
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Résumé

A partir d’aujourd’hui, la France n’est plus en état d’urgence sanitaire. Faut-il pour autant oublier le virus ?

avec :

Frédéric Worms (Professeur de philosophie contemporaine à l’ENS, directeur adjoint du département des Lettres et membre du Comité consultatif national d’éthique, producteur à France Culture), Gilles Pialoux (Chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris).

En savoir plus

L’Assemblée nationale met fin à cet arsenal législatif mis en place depuis 2020 pour maîtriser l’épidémie de Covid-19. Plus de recours au confinement, d'obligation du port du masque ou encore de pass sanitaire.

Difficile cependant d'imaginer qu'à cette septième vague épidémique n'en succèdera pas une autre. Se désarmer face au Covid peut être le signe d'une victoire, mais aussi l'aveu d'un échec face à une pandémie dont on ne décrète pas la fin. Reste la question de l'efficacité des vaccins face à l'évolution des virus, et en attendant, du soin porté aux personnes fragiles, âgées ou immunodéprimées toujours exposées.

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Est-ce le bon moment pour sortir de l'état d'urgence ?

Pour Gilles Pialoux , il faut différencier l'outil politique de l'outil sanitaire. "Sur le plan sanitaire, il n'y a pas de bon moment parce qu'on est dans une gestion vague par vague. Et à mon avis, tant qu'on fera par vagues, on n'y arrivera pas. Il faut une gestion au long cours d'un virus qui est présent. Mais il faut utiliser les inter-vagues pour installer des réflexes de prévention combinés. Pour l'instant, c'est un échec sur ce terrain-là puisque depuis l'arrêt du masque le 17 mai, il n'y a quasiment pas de prévention."

Selon Frédérique Worms, sortir de l'état d'urgence sanitaire est également une question démocratique : "la fin de l'état d'urgence, c'est d'abord la fin d'un État provisoire politiquement, avec des mesures d'exception qui sont prévues mais qui doivent être limitées, pesées, vérifiées par des commissions d'enquête. Donc, on s'aperçoit que ce que craignaient certains, c'est-à-dire la pérennisation d'une urgence politique au nom de l'urgence sanitaire, au fond, a été évité. Et c'est important parce que c'est une question de démocratie : l'urgence dans une démocratie, c'est quelque chose de provisoire qui s'appuie sur des risques, qui eux-mêmes peuvent demeurer, mais qu'il faut justement chercher à éviter."

La prévention s'inscrit dans les mœurs

Avec la pandémie de Covid-19, la question de la responsabilité individuelle est devenue centrale, comme le rappelle Frédéric Worms : "La maladie individuelle, nous l'avons tous plus ou moins traversé. Il y a des cas très lourds, il y a des deuils, évidemment, ça peut être tragique. Et puis il y a eu le Covid long, il ne faut pas l'oublier." Mais pour le philosophe, "ce qui nous a tous le plus traumatisé, c'est la question de la responsabilité : qu'est-ce-que je fais, qu'est-ce-que je ne fais pas? Et ce traumatisme relationnel, il est en effet l'un des non-dits et une chose la plus importante de ce qu'on a vécu. Il va rester dans les mémoires individuelles, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur, parce que malgré tout il faut se souvenir et pour le pire parce qu'il risque d'être un traumatisme privé, alors que c'est le cœur du problème et qu'il faut l'assumer aujourd'hui publiquement. On passe de l'obligation à une sorte de conscience généralisée, à une sorte de passage de la prévention dans les mœurs. Mais ce passage dans les mœurs ne doit pas être abandonné par les pouvoirs publics et doit être soutenu et accompagné par des recommandations."

Un "douloureux apprentissage de l'incertitude"

Apprentissage individuel de la prévention, certes, mais également apprentissage de l'incertitude, selon Gilles Pialoux : "ce qui est inédit dans cette crise, c'est aussi le douloureux apprentissage que l'on a tous fait de l'incertitude. Et elle est paradoxalement assez croissante. Omicron, par exemple, n'était pas prévu et toutes ses déclinaisons sont tout à fait spectaculaires. Et sachez que la septième vague, par exemple, n'a pas été modélisée : on n'y arrivait pas, il y avait trop de variables d'incertitude."

Références

L'équipe

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Jean Leymarie
Production
Tom Umbdenstock
Collaboration
Cyril Marchan
Production déléguée
Léa Sabourin
Production déléguée
Audrey Dugast
Collaboration
Sarah Masson
Production déléguée
Manon de La Selle
Collaboration
Max Schneider
Collaboration
Alexandre Choquet
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation
Anne-Claire Bazin
Production déléguée
Élodie Piel
Collaboration
Anna Pheulpin
Collaboration