Un garçon yéménite récolte du plastique dans une déchetterie pour le vendre pour le recyclage, dans la capitale Sanaa le 16 mars, 2019.
Un garçon yéménite récolte du plastique dans une déchetterie pour le vendre pour le recyclage, dans la capitale Sanaa le 16 mars, 2019. ©AFP - MOHAMMED HUWAIS
Un garçon yéménite récolte du plastique dans une déchetterie pour le vendre pour le recyclage, dans la capitale Sanaa le 16 mars, 2019. ©AFP - MOHAMMED HUWAIS
Un garçon yéménite récolte du plastique dans une déchetterie pour le vendre pour le recyclage, dans la capitale Sanaa le 16 mars, 2019. ©AFP - MOHAMMED HUWAIS
Publicité

Esther Duflo, économiste, ancienne conseillère de l'ex-président américain Barack Obama sur les questions de développement, est l'invitée de Benoît Bouscarel.

Avec

L’économie américaine vient de battre un record de longévité (en matière de “maintien de la croissance”). Depuis désormais 10 ans, et la fin de la crise des subprimes, les Etats-Unis connaissent une croissance ininterrompue (ce n’était pas arrivé depuis le milieu du XIXème siècle). Cette croissance est faible (en moyenne de 2% par an) mais elle est continue et régulière.

La Maison Blanche estime qu’elle pourrait accélérer, et atteindre 3% cette année mais de nombreux économistes restent sceptiques. Ils signalent que ce sont surtout les baisses d’impôts (pour les entreprises) et l’augmentation des dépenses militaires qui expliquent ces bons chiffres, plus que jamais précaires. Parallèlement, les inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes.

Publicité

Esther Duflo est économiste, professeure au MIT (le Massachussets Institut of Technology), spécialiste de l’économie du développement.

On n’a pas tiré les leçons les plus fondamentales de la crise des subprimes, en particulier sur le fait qu’on ne pouvait absolument pas faire confiance au secteur financier pour se réguler lui-même. Esther Duflo

Ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis c’est une augmentation des morts qu’on a appelé « les morts de désespoir ». Pour la première fois aux Etats-Unis, il y a une augmentation de la mortalité. Comment peut-on dire que les Etats-Unis vont bien économiquement quand la mortalité augmente ? Même dans les pays les plus pauvres, sauf en cas de guerre ou de situations dramatiques, la mortalité s’améliore, même en Afrique. Cette mortalité qui augmente aux USA est entièrement due aux hommes blancs de 50-60 ans qui meurent de suicide, d’overdose, d’alcool. Quand on voit le contraste entre le rêve américain et sa situation personnelle, soit ça amène vers ces morts de désespoir soit on se cherche un ennemi et on a les réactions extrêmement xénophobes que Donald Trump utilise évidemment dans son discours sur l’immigration et qui l’a porté jusqu’à la Maison Blanche. Esther Duflo

Dans les « pays riches », la question du revenu minimum garanti est complexe parce qu’on se dit « Ah, ça va permettre aux gens de ne pas travailler ». Aux Etats-Unis comme en France, il y a une sorte de calcul « Les robots, les machines vont prendre nos emplois. Il faut bien que les gens mangent. On va donc leur donner un revenu minimum garanti et tout ira bien et ils ne mourront pas de faim. »  Mais ce n’est pas ça qui va se passer. Même si les gens ont un revenu minimum garanti, ils vont vouloir travailler. Parce que la réalité c’est que le sens d’être soi, l’identité, ça passe pour beaucoup de gens par l’insertion professionnelle. Esther Duflo

Pour être honnête, personne ne comprend rien aux mécanismes de la croissance. Esther Duflo

L'équipe