Police : la crise de confiance ?

   ©AFP - KENZO TRIBOUILLARD
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Le corps de Steve Maia Caniço a été retrouvé lundi dans la Loire, l'IGPN a été saisi. Benoît Bouscarel s'entretient avec Arnaud Houte, historien de la police républicaine et David Dufresne, journaliste, écrivain et réalisateur de documentaire.

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Les premiers éléments de l’enquête de l’IGPN ont été publiés, ils concernent le déroulement de la nuit du 21 au 22 juin dernier, à Nantes, sur les bords de Loire quai Wilson (à l’endroit et au moment de la disparition du jeune homme). Et c’est le Premier Ministre en personne, Édouard Philippe, qui au creux de l’été, s’est donné la peine de présenter ce rapport, devant les caméras de télévision. Signe que l’heure est grave et que le sommet de l’Etat s’inquiète des répercussions que peuvent avoir cette affaire sur l’opinion publique. Une enquête de l’Inspection Générale de l’Administration (IGA) a été demandée. 

Tout cela repose la question du lien de confiance entre les forces de l’ordre et les citoyens, socle fondamentale de notre démocratie.

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En France des corps internes mènent l’enquête et cela prête à suspicion car ils sont juges et partie. Arnaud Houte

A partir du moment où il y a une crise de confiance entre police et société, il y a la nécessité d’avoir des gestes, pas seulement symboliques, qui visent à un rapprochement ou du moins une plus grande transparence. 

La doctrine du maintien de l’ordre : dans le discours interne on ne parle pas de doctrine, mais on a beaucoup mythifié cette doctrine.

Là, il y a un problème de proportionnalité. Il est évident que sur la séquence récente, il y a une très nette évolution des seuils de sensibilité à la violence policière.

Avant, un policier ne trouvait pas infamant de reculer. Aujourd’hui il faut tenir la position à tous prix.

La base du maintien de l’ordre en France c’est l’usage strictement nécessaire de la force et sa proportionnalité. David Dufresne

Sans être diffamant, ce rapport est une mascarade, il est chargé de couvrir les troupes. (…) Pour la première fois Edouard Philippe a dit qu’on ne pouvait pas s’en contenter.

A l’inverse de la France, au Royaume-Uni, la police des polices est réellement indépendante.

Depuis le mois de janvier c’est cela : Mantes la Jolie avec ces 151 enfants agenouillés pendant 3 heures, les mains sur la tête et un policier qui filme : circulez il n’y a rien à voir. Steve : circulez il n’y a rien à voir. Zineb Redouane : circulez il n’y a rien à voir. Genevieve Legay : circulez il n’y a rien à voir. Sauf que dans ces 4 exemples, on sait qu’il y a à voir (…) où est la séparation des pouvoirs entre Emmanuel Macron et l’IGPN ? Edouard Philippe, en descendant sur le ponton de Matignon, transforme cette affaire en affaire d’Etat.

En 2017, le même commissaire a l’intelligence du repli tactique et deux ans plus tard, il procède à de multiples tirs de L.B.D (lanceurs de balles de défenses) et de jets de grenades. Il y a un glissement et c’est ce glissement qu’il faut étudier et critiquer de part et d’autre de la barricade.

Le maintien de l’ordre répressif était déjà questionné pendant la loi travail puis pendant Notre Dame des Landes, vous avez aussi le maintien de l’ordre dans les quartiers populaire et les banlieues qui fait des dégâts considérables mais aujourd’hui c’est le pont de Sully ou la fête de la musique. Certains professionnels du maintien de l’ordre sont effarés par la situation aujourd’hui. (…) Pendant la crise des gilets jaunes 24 personnes ont perdus un œil, 5 ont perdu une main.

La Fabrique de l'Histoire
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