Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, lors de son déplacement en Asie. ©AFP - NAZRI RAPAAI / MALAYSIA DEPARTMENT OF INFORMATION / AFP
Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, lors de son déplacement en Asie. ©AFP - NAZRI RAPAAI / MALAYSIA DEPARTMENT OF INFORMATION / AFP
Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, lors de son déplacement en Asie. ©AFP - NAZRI RAPAAI / MALAYSIA DEPARTMENT OF INFORMATION / AFP
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Résumé

Alors que la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi est arrivée hier à Taipei pour affirmer le "soutien inconditionnel" de son pays à Taïwan, retour sur les enjeux stratégiques de cette île qui cristallise les tensions sino-américaines.

avec :

Jean-Philippe Béja (sinologue, politologue, directeur de recherche émérite au CNRS et chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (CERI/Sciences Po).), Annick Cizel (Enseignante-chercheuse spécialiste de politique étrangère américaine à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.).

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Pour Jean-Philippe Béjà, la visite de la présidente de la Chambre des représentants à Taïwan vient accentuer la tension déjà croissante entre les deux grandes puissances mondiales "On est face à une situation qui est très tendue. Alors est-ce que ça va arriver à une guerre ? Je pense effectivement que non. Mais bien sûr, dans les tensions américaines qui ont commencé depuis la fin de l’ère Trump, on peut dire qu’on est actuellement à une sorte de paroxysme."

Des menaces chinoises motivées par des enjeux domestiques

Il faut comprendre les menaces chinoises aux primes de la légitimité de Parti communiste chinois "Il s'agit évidemment d'une question de légitimité. Le Parti communiste chinois fonde sa légitimité sur le nationalisme, sur le retour de la Chine sur la scène internationale et veut montrer qu'il est absolument intraitable sur les questions de souveraineté, comme il avait montré à Hong Kong avec un succès évident. Mais il n’a sûrement pas emporté les cœurs et les esprits des Hongkongais et ne se soucie guère d'emporter le cœur et les esprits des Taïwanais. Aujourd'hui, on se trouve donc avec un Parti communiste extrêmement agressif, qui cherche à imposer sa position sur la souveraineté et qui cherche à mobiliser le nationalisme.

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D’autant plus dans dans le contexte du 20e congrès du Parti communiste en novembre prochain "Actuellement […] Xi Jinping est obnubilé par "son" 20 ᵉ congrès. Ce qui fait que la réaction de la Chine au moment de l’invasion de l’Ukraine a été plus ou moins contradictoire. Enfin, bien sûr, plutôt en faveur de la Russie, plutôt en faveur de tout ce qui peut affaiblir l’Occident et notamment les États-Unis, mais pas véritablement d’initiative. Je crois que ce que cherche Xi Jinping, c’est à affaiblir effectivement les États-Unis, à dire qu’aujourd’hui la décadence américaine est quelque chose qui est dans l’histoire même et que c’est le moment de réaffirmer sa puissance. Ce qu’il a fait depuis 2018 et qui va encore sans doute réitérer en 2022 à l’issue du congrès. Mais en même temps, se lancer dans une guerre, c’est autre chose. L’exemple ukrainien montre que ce n’est pas une partie de plaisir et que les énormes livraisons de matériel militaire de la part des États-Unis à l’Ukraine lui ont permis de résister à l’armée russe."

Les États-Unis, diplomatiques, mais fermes

Pour la spécialiste de la politique étrangère américaine Annick Cizel, la visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi est symbolique "Elle représente directement la démocratie américaine. L’élection au suffrage direct, contrairement au président américain et donc à son message, est un message de paix, de désescalade, de dialogue à la suite de la longue conversation […] entre le président Biden et le président Xi Jinping" le jeudi 28 juillet. Une position aussi conditionnée par le contexte de l’invasion russe en Ukraine "Les États-Unis cherchent absolument à éviter une nouvelle escalade sur le front Indo-Pacifique cette fois-ci." Une posture qui reste caractéristique d'un diplomatie "à l'américaine. Elle est musclée" selon la chercheuse.

l'Etat taïwanais en retrait

Pourtant, la grande oubliée restant la démocratie taïwanaise elle-même, regrette Jean-Philippe Béja "Ce qui me frappe dans cette affaire, c’est qu’au fond, tout le monde se moque de Taïwan. On parle de Taïwan comme un enjeu. Pour Xi Jinping, c’est un enjeu de nationalisme. Pour les États-Unis, c’est un enjeu à la fois économique et un enjeu de géopolitique internationale. Mais la question de cette démocratie vibrante, sans aucun doute la plus progressiste d’Asie, tout le monde s’en moque. C’est quelque chose qui me choque beaucoup." La mainmise de l’État chinois sur la "région administrative spéciale" de Hong Kong en 2019-2020, malgré les condamnations américaines, est encore fraiche dans les esprits.

Références

L'équipe

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Jean Leymarie
Production
Cyril Marchan
Production déléguée
Léa Sabourin
Production déléguée
Fanny Imbert
Collaboration
Audrey Dugast
Collaboration
Manon de La Selle
Collaboration
Félicie Faugère
Réalisation
Max Schneider
Collaboration
Alexandre Choquet
Collaboration