Le drapeau européen, à côté du drapeau ukrainien. ©AFP - John Thys
Le drapeau européen, à côté du drapeau ukrainien. ©AFP - John Thys
Le drapeau européen, à côté du drapeau ukrainien. ©AFP - John Thys
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Résumé

Face à la guerre, le sursaut européen. Avec le philosophe politique et historien, ancien conseiller du Président du Conseil européen Luuk van Middelaar et Hélène Miard-Delacroix, professeure d'histoire et de civilisation de l'Allemagne contemporaine à Sorbonne Université.

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En quelques jours, toute la face de l'Europe a été bouleversée. L'Union européenne a brisé ses tabous, ses désaccords les uns après les autres. Ensemble, les Européens vont financer la livraison d'armes à l'Ukraine. Ensemble, ils ont gelé les avoirs de Vladimir Poutine et de Sergueï Lavrov, limité le champ d'actions de la banque centrale russe, bloqué partiellement la messagerie interbancaire Swift. Est-ce que l'offensive tragique qu'est en train de vivre l'Ukraine sonne le réveil géopolitique et même politique de l'Europe ? Est-ce que cette nouvelle unité des Vingt-Sept va tenir ?

"On sait que l'Union européenne a, depuis ses débuts, avancé seulement par crises. Lorsque tout va bien, on est prompt à défendre ses intérêts, sa vision spécifique de la construction, émergent des désaccords sur les modes de décision, et on avance extrêmement lentement. Mais toutes les grandes avancées de l'Union européenne, de la seconde partie du XXe siècle jusqu'à nos jours, se sont faites au moment de crises", estime Hélène Miard-Delacroix.

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"L'enjeu de l'Ukraine, c'est au fond, aussi, l'enjeu de notre politique civilisationnelle par rapport à d'autres puissances, et c'est à cette question que l'Union européenne n'a jamais voulu penser. L'Allemagne y est pour quelque chose, en tant qu'Etat le plus grand, le plus puissant démographiquement, économiquement. Tous les tabous qui viennent de Berlin, de l'histoire allemande du 20ème siècle, se retrouvent en effet dans l'ADN de l'Union européenne. C'est bien pour cela aussi que l'accélération impressionnante qu'on voit au niveau européen depuis dix jours était encore impensable il y a trois, cinq, dix jours. Pourquoi tout cela peut être mis en œuvre aujourd'hui aussi? Parce que l'Allemagne, justement, a levé le frein", estime l'ancien conseiller du Président du Conseil européen.

"Ce qu'il faut bien comprendre, c'est le rapport très compliqué que nourrit l'Allemagne à la chose militaire. L'armée allemande a été construite tardivement dans les années 50, dans le contexte de la guerre froide. Mais il y a une réticence extrême à parler d'affaires militaires, de questions militaires", abonde Hélène Miard-Delacroix.

Alors comment faire pour que ce sursaut européen ne se transforme pas en sursaut nationaliste ?  "L'une des conditions est d'arriver à rééquilibrer les intérêts nationaux, économiques, stratégiques, commerciaux, avec les intérêts collectifs. Il faudrait arriver à emmener les populations dans cette idée selon laquelle si ce choc nous a tous tellement touchés, c'est parce que nous avons des valeurs profondément ancrées : nous devons donc trouver des systèmes qui réalisent ces valeurs et les affirment à voix forte. Je pense que c'est la condition pour qu'il n'y ait pas un réveil du "moi" contre les autres", poursuit l'historienne.

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L'équipe

Caroline Broué
Caroline Broué
Caroline Broué
Production
Roxane Poulain
Collaboration
June Loper
Réalisation
Stéphanie Villeneuve
Production déléguée