Nicolas Mathieu pour "La Grande librairie", 11/07/2018. ©Getty - Eric Fougere - Corbis
Nicolas Mathieu pour "La Grande librairie", 11/07/2018. ©Getty - Eric Fougere - Corbis
Nicolas Mathieu pour "La Grande librairie", 11/07/2018. ©Getty - Eric Fougere - Corbis
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Résumé

Quatre ans après "Leurs enfants après eux" qui lui avait valu le prix Goncourt, Nicolas Mathieu nous ramène dans les Vosges et au temps de l’adolescence dans "Connemara" qui paraît chez Actes Sud.

avec :

Nicolas Mathieu (Ecrivain).

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« Cette chanson navait rien à voir avec lIrlande. Elle parlait dautre chose, dune épopée moyenne, la leur, et qui ne s’était pas produite dans la lande ou ce genre de conneries, mais là, dans les campagnes et les pavillons, à petits pas, dans la peine des jours invariables, à lusine puis au bureau, désormais dans les entrepôts et les chaînes logistiques, les hôpitaux et à torcher le cul des vieux. » C’est ainsi que Les Lacs du Connemara, l’intemporelle chanson de Michel Sardou, donne son titre au troisième roman de Nicolas Mathieu, « Connemara ».

L’auteur de "Leurs enfants après eux_"_ donne une nouvelle fois la parole aux gens normaux, oubliés des politiques, dans ce décors des Vosges, entre Nancy et Epinal, auquel Nicolas Mathieu est attaché.

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On y découvre Hélène, mère de famille, cadre dans un cabinet de conseil à Nancy, d’origine modeste mais qui a « réussi » même si son couple, et sa vie en général, battent de l’aile. Dans une ultime pulsion de vie, elle entame une liaison avec Christophe Marchal, petit commercial et père célibataire. À travers cette relation, c’est son fantasme d’adolescente qu’Hélène réalise, voire une vengeance sur ses rêves brisés.

Nicolas Mathieu est rejoint en deuxième partie par Rose-Marie Lagrave, sociologue, directrice d'études à l'EHESS, co-fondatrice du master "Genre, politique et sexualités" de l’EHESS.

Raconter la colère d’Hélène

Le livre de Nicolas Mathieu s’ouvre sur la colère de son personnage, Hélène, accablée par les contraintes et les normes : « La colère venait dès le réveil ».

Il me semble que nos mondes sont innervés de colères et d’intérêts antagonistes. C’est la colère d’une femme de quarante ans qui a tout fait pour réussir et qui a l’impression qu’on lui a menti sur tout, qu’elle est coincée à maints égards. Nicolas Mathieu

Cette colère était aussi le moyen d’ancrer le roman dans une tradition littéraire. Il y a des littératures de la consolation et d’autres qui disent les rages sourdes qui frappent le monde. J’avais été très frappé par les entretiens de Philippe Roth qui disait que le premier mot de la littérature occidentale est le mot « colère », comme dans l’IIiade qui débute par « Je chante la colère d’Achille… ». Nicolas Mathieu

Ça arrive aux écrivains ? Ne sont-ils pas libres d’écrire ce qu’ils veulent ?

Je ne me considère pas comme un créateur de mondes mais comme quelqu’un qui regarde le monde dans lequel on vit et qui tente de le restituer avec le plus de justesse. Nicolas Mathieu

Entre légitimé et lucidité

Pourquoi le terme d’ « imposture » ?

Presque tous les transfuges de classe, bien que nous ayons réussi à traverser des mondes sociaux très différents, ont l’impression de n'être jamais totalement légitimes et que les autres vont voir qu’ils ne sont pas des héritiers de ce monde-là, qu'ils y arrivent par effraction. En même temps, j’ai l’impression que cette hybridation, ce métissage des transfuges de classe est aussi une force, une lucidité pour voir qu’on nous la fait pas. On a cette lucidité pour regarder.  Rose-Marie Lagrave

Un écrivain ne peut pas tricher s’il écrit lui-même ses livres :

L’imposture n’aurait pas trait à mon travail mais à ma place dans le monde d’arrivée. Comme vous, j’ai le sentiment d’avoir un coup d’œil lucide, aussi bien sur mon monde d’origine que mon monde d’arrivée. Tout est signe. Je suis tout le temps en train de mesurer des écarts entre les mondes différents. Dans ce monde de la mesure de l’écart, c’est peut-être là que je me mets à écrire. C’est une puissance mais aussi un inconfort car on n’a pas de monde à habiter. Nicolas Mathieu

La trajectoire d’un transfuge de classe

Le trajet de Rose-Marie Lagrave a connu des étapes déterminantes.

Je dirai qu’un transfuge de classe se construit collectivement, et qu’il ne se construit jamais seul. D’abord mes instits, certains profs au lycée, puis ensuite en Sorbonne le groupe d’étudiants de sociologie qui faisait des polycopiés des cours magistraux. Comme j'étais salariée dans une fabrique de bijoux, j’ai pu passer mes licences sans trop de contraintes. Ça a été ensuite des groupes de paroles aux MLF, mes collègues à l’École des hautes études. Mon parcours est balisé par ce que Paul Pasquali appelle des « alliés » ou des « collectifs d’ascension » qui m'ont permis d'aller de l'avant. Rose-Marie Lagrave

Nicolas Mathieu sur son parcours d'écrivain :

Le Goncourt m'a apporté un luxe énorme. Il me permet de construire une position un peu en dehors qui correspond à mon éthique d'auteur, à mon horizon esthétique. Je ne suis pas complètement dedans ni complètement largué non plus. J’ai sécurisé ma position de voyeur si vous voulez. Nicolas Mathieu

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation
Caroline Payen
Stagiaire
Delphine Lerner
Stagiaire