Gabriel Attal, Ministre de l'Action et des Comptes Publics, et Bruno Le Maire, Ministre de l'Economie et des Finances, conférence de presse 26 septembre 2022
Gabriel Attal, Ministre de l'Action et des Comptes Publics, et Bruno Le Maire, Ministre de l'Economie et des Finances, conférence de presse 26 septembre 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
Gabriel Attal, Ministre de l'Action et des Comptes Publics, et Bruno Le Maire, Ministre de l'Economie et des Finances, conférence de presse 26 septembre 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
Gabriel Attal, Ministre de l'Action et des Comptes Publics, et Bruno Le Maire, Ministre de l'Economie et des Finances, conférence de presse 26 septembre 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
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Le 26 septembre 2022, Gabriel Attal, Ministre de l'Action et des Comptes Publics, et Bruno Le Maire, Ministre de l'Economie et des Finances, ont présenté le projet de loi de finances et le projet de loi de finances de la sécurité sociale pour 2023.

Avec
  • Denis Ferrand économiste, directeur général du cabinet COE- Rexecode
  • Nathalie Coutinet Economiste à l’université de Paris 13 Nord et chercheuse au Centre d’économie de l’université de Paris-Nord (CEPN)
  • Isabelle Durand-Zaleski Directrice de l’URC-Eco Ile-de-France et responsable du service de santé publique des Hôpitaux universitaires Henri-Mondor à Créteil

Quelles sont les tendances du budget de l'Etat ? Le gouvernement a-t-il tiré les leçons de la crise de l'hôpital dénoncée ces dernières années ? Pour répondre à ces questions, Guillaume Erner reçoit Denis Ferrand, économiste, directeur général de l’institut d’études Rexocode et vice-président de la Société d’économie politique, Nathalie Coutinet, économiste de la santé, enseignante-chercheuse à l’université Sorbonne Paris Nord, et Isabelle Durand-Zaleski, professeure de médecine (Santé Publique), docteure en économie, responsable de l’unité de recherche clinique en économie et services de santé (APHP) d’Ile de France.

Sortir du "quoi qu’il en coûte"

Pr Denis Ferrand, "on sort du quoi qu’il en coûte car il y a une volonté de stabiliser l’équilibre budgétaire." Toutefois, le budget de l’Etat demeure en hausse, passant d’environ 450 milliards d’euros en 2022 à près de 480 milliards pour 2023. "Cette augmentation est en grande partie associée à l’évolution de l’inflation" explique l’économiste et vice-président de la Société d’économie politique, qui parle "d’une hausse assez faible du budget de l’Etat."

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Des moyens sont débloqués par le gouvernement pour faire face à des dépenses imprévues, rappelle Denis Ferrand. "On voit (dans le budget 2023) qu’il faut dégager des moyens pour la Défense parce qu’on a une guerre à haute intensité à la frontière de l’Europe. On a aussi des engagements croissants sur la transition énergétique". Au final, estime l'économiste, ce budget ne dessine pas de choix de politique économique clair : "il y a de tout, un peu", résume-t-il.

Une autre raison de l’augmentation des dépenses de l’Etat pour 2023 est la remontée des taux d’intérêt. Étant donné que 10 % de la dette publique est indexée sur l’inflation, le poids de cette dette gonfle au sein du budget annuel de l’Etat dans un contexte de hausse généralisée des prix. La dette publique accapare ainsi environ 10 % du budget de l’Etat, soit environ 50 milliards d’euros qu’il faut ajouter aux 480 milliards nécessaires au fonctionnement de toutes les administrations et services de l’Etat.

"Les espaces d’intervention de l’Etat sont de plus en plus vastes"

Pour Denis Ferrand, "l’augmentation des dépenses est un enjeu politique." Dans un projet de budget de l’Etat baptisé "Protéger les Français et aller vers le plein-emploi" par le gouvernement, l’un des budgets les plus importants est la Défense.

Pour Denis Ferrand, "les espaces d’intervention de l’Etat sont de plus en plus vastes." L’Etat est sollicité de plus en plus, notamment en raison du rôle central qu’il a joué pour élaborer la politique de lutte sanitaire contre l’épidémie de covid-19. Avec 150 milliards d’euros de déficit annuel, "on a encore un risque de fuite en avant vers de l’endettement", juge le directeur général du cabinet d’études économiques Rexecode.

"Le covid nous a coûté environ 18,3 milliards"

Au sein du budget annuel de l’Etat, il y a notamment le Projet de Loi de finances pour la Sécurité sociale (PLFSS). Une fois voté, il devient la loi de finances pour la sécurité sociale. Pour Nathalie Coutinet, ce budget est "conforme à ce qu’on pouvait attendre de ce gouvernement." Il contient les dépenses et les recettes des 4 branches de la sécurité sociale, y compris des deux branches "maladie" et "vieillesse."

D’après la chercheuse au Centre d’économie de l’université de Paris-Nord, "le covid a coûté environ 18,3 milliards sur un budget de 250 milliards annuel, notamment en raison des tests et des vaccins qui constituent le gros des dépenses." Un autre aspect de l’augmentation des dépenses de santé, "c’est l’augmentation des coûts de santé en tant que tels, c’est la technicité des soins administrés, et les médicaments innovants qui sont aussi plus chers. Ce sont donc plutôt les innovations médicales qui sont la raison de la hausse des dépenses de santé" explique-t-elle.

"Une situation paradoxale"

Nathalie Coutinet met en avant "une situation paradoxale dans laquelle il y a une volonté de réduire les déficits publics et donc de freiner les dépenses de santé, mais parallèlement, le coût des soins a augmenté." Et cette augmentation ne va pas fléchir au cours des prochaines années selon la chercheuse, car, "mécaniquement, la part des retraites dans le PIB, dans la richesse nationale, va augmenter parce qu’il y aura plus de personnes âgées, plus de retraités" postule-t-elle.

L’apparition d’une forme de lassitude parmi les soignants

Pour Isabelle Durand-Zaleski, la situation des soignants épouse peu ou prou les difficultés structurelles, bureaucratiques et économiques rencontrées par les enseignants de l’Education nationale. Elle explique que sur un budget de l’hôpital qui représente environ 110 milliards d’euros avec près de 80 milliards d’euros pour l’hôpital public, "environ 2/3 de ce budget va aux dépenses du personnel", soit l’ensemble des soignants.

Parmi eux, "une forme de lassitude" se fait sentir, et les revalorisations salariales sont pour l’instant insuffisantes, selon la responsable du service de santé publique des Hôpitaux universitaires Henri-Mondor à Créteil, pour notamment "contrebalancer le manque de reconnaissance." Isabelle Durand-Zaleski pointe du doigt le fait que les hôpitaux français "ont atteint une taille au-delà de laquelle il est simple de travailler. Il y a trop de fardeaux, de tâches administratives à remplir" explique-t-elle. "Ce PLFFS est très décevant au sens où finalement, il n’a pas de réponse aux grands problèmes posés au système de soins français explique-t-elle. Les problèmes majeurs des hôpitaux et de la médecine de ville (…), c’est la question de l’articulation du système de santé, notamment entre les structures de la médecine de ville et les grandes infrastructures hospitalières, celle aussi de la permanence des soins, des déserts médicaux… Sur tous ces points, on n’a pas grand-chose" de la part du gouvernement, conclut la directrice de l’unité de recherche clinique en économie de la santé (URC-Eco) d’Ile-de-France.

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Lucas Bretonnier
Production déléguée
Élodie Piel
Collaboration
Roxane Poulain
Collaboration
Audrey Dugast
Collaboration
Charlotte Geoffray
Collaboration
Théo Bessard
Collaboration