Des manifestants réunis à Ouagadougou pour soutenir l'armée tiennent une photo du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.
Des manifestants réunis à Ouagadougou pour soutenir l'armée tiennent une photo du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.
Des manifestants réunis à Ouagadougou pour soutenir l'armée tiennent une photo du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. ©AFP - OLYMPIA DE MAISMONT
Des manifestants réunis à Ouagadougou pour soutenir l'armée tiennent une photo du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. ©AFP - OLYMPIA DE MAISMONT
Des manifestants réunis à Ouagadougou pour soutenir l'armée tiennent une photo du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. ©AFP - OLYMPIA DE MAISMONT
Publicité
Résumé

Après le Mali et la Guinée, c’est au tour du Burkina Faso de vivre un coup d’État militaire. Comment comprendre un tel enchaînement ?

avec :

Marc-Antoine Pérouse de Montclos (Politologue, Directeur de recherche, IRD).

En savoir plus

Pour la troisième fois en quelques mois, un président élu a été renversé par un putsch en Afrique de l’Ouest. Au Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré a été écarté du pouvoir ce 24 janvier par l’action concertée de militaires.

Ce dernier avait pourtant été élu une première fois en 2015 dans la foulée d’un soulèvement démocatique et populaire, qui avait obligé l’autoritaire Blaise Compaoré à quitter le pouvoir, avant d’être réélu en 2020.

Publicité

Et la rue burkinabè semble en partie favorable à l’action des officiers qui se sont emparés du pouvoir. Comment l’expliquer ? La situation sécuritaire, dans une région durement frappée par le terrorisme jihadiste, est sans doute en cause. Les militaires burkinabè ne cachaient pas leur désarroi et certains se montraient déjà menaçants depuis quelque temps, exigeant plus de moyens. Mais la remise en cause de l’influence française dans la région et la défiance envers les élites politiques et les États ne peuvent pas être écartées de la compréhension de la tendance actuelle dans la région sahélienne.

Analyse dans les Matins avec Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), auteur notamment de « Une guerre perdue : la France au Sahel », ed. JC Lattes.

La corruption et la lutte contre les groupes terroristes

Pourquoi Roch Marc Christian Kaboré n'a-t-il plus le soutien de la population ?

Le Président Roch Marc Christian Kaboré venait de se faire réélire dans des conditions contestées et était perçu comme inefficace dans la lutte contre les groupes djihadistes qui sévissent dans le Nord du pays à la frontière du Mali. Il avait également une réputation de corruption, ce qui est marquant dans un pays dont le nom même signifie Pays des hommes intègres après avoir été rebaptisé par Thomas Sankara.

Ce qui me frappe c’est que la corruption gangrène l’armée. Ce n’est pas uniquement le pouvoir civil qui est corrompu. C’est l’armée elle-même qui est corrompue. Ce sont des armées qui peuvent tuer des civils sans rendre de comptes et il y a des détournements de fonds sur les achats d’armes et les ravitaillements.

La nécessaire construction de l’État et du contrat social avec la population

Pourquoi la rue accorde davantage sa confiance à Paul-Henri Sandaogo Damiba, le chef de la junte qui a pris le pouvoir ?

Je pense qu’il ne faut pas surestimer cette confiance à partir de photographies et des manifestants réunis. Il y a un phénomène d’usure qui a joué contre Roch Marc Christian Kaboré qui n’était plus porteur d’espoir contrairement à son arrivée au pouvoir en 2015.

Ce n’est pas évident, et la communauté internationale est trop souvent fixée la dessus, que des élections soient un gage de bonne gouvernance. Souvent les taux de participation sont faibles.

Mais alors comment lutter contre le terrorisme car c’est l’un des problèmes au Burkina Faso comme chez ses voisins malien et nigérien ? La dernière attaque perpétrée par des djihadistes à fait 41 morts dans le nord du pays.

La réponse militaire ne suffit pas. Il y a un chantier énorme à démarrer qui est celui de l’État.

La complexité de ces groupes armés qualifiés de djihadistes pose question sur la capacité de l’État à régler ces conflits autrement que par la force militaire. Il faudrait aussi travailler sur la justice, sur la police. Tous ces groupes profitent de la situation de vide politique. C’est parce que l’État est absent que ces groupes sont résiliants. Tant que l’État ne monte pas en puissance, je ne vois pas comment on s’en sort.

Le rôle très critiqué de la France

Marc-Antoine Pérouse de Montclos ne pense pas que la France ait un rôle à jouer :

Si l’objectif est la construction de l’État et la nécessité de repenser le contrat social avec les populations, je ne suis pas sûr que la France ait un rôle qu’elle puisse jouer de manière efficace.

Pour les Burkinabé, c’est humiliant de faire appel à l’ancienne puissance coloniale soixante ans après les indépendances. En plus, ça ne marche pas car les groupes armés que l’on qualifie de djihadistes sont toujours là. Il y’a une manifestation de mauvaise humeur très forte contre la France, non seulement au Mali mais aussi au Burkina Faso, qui s’est construite au temps de la Guerre Froide dans le camps anti-impérialiste français.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation