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. ©AFP - CRISTINA QUICLER
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Résumé

Oui, le réchauffement climatique a à voir avec la canicule qui frappe la France.

avec :

Mickaël Correia (Journaliste indépendant. Il contribue au mensuel de critique sociale CQFD, au Monde Diplomatique et à la revue Jef Klak.), Samuel Morin (Chercheur en physique de la neige, directeur du centre d’étude de la neige Météofrance/CNRS à Grenoble. Médaillé de bronze 2017 du CNRS.).

En savoir plus

La canicule qui frappe la France est dûe à la remontée d'un vent chaud africain. Un phénomène météorologique qui pourrait advenir en tout temps ? Oui. Mais le réchauffement climatique joue bien un rôle de premier ordre.

Les caractéristiques des événements météorologiques ont profondément changé ces derniers siècles. Toute chose égale par ailleurs il y a trois siècles, il aurait fait moins chaud pour le même événement donné. De la même manière, la probabilité de ce genre d'événement restait moins probable.

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Et c’est bien l’activité humaine qui explique la récurrence des vagues de chaleur, mais aussi de certaines pluies diluviennes et extrêmes. Le climat a en partie façonné l’histoire de l’homme. Aujourd’hui, la météo a des causes anthropiques.

Nos invités :

Samuel Morin, chercheur à Météo France, directeur du Centre national de recherches météorologiques (CNRM) (Météo France - CNRS)

Mickaël Correïa, journaliste au pôle écologie de Médiapart, auteur de “Criminels climatiques” (La Découverte, 2022)

Définir le climat et la météo

La canicule est définie sur des valeurs de températures maximales quotidiennes mais aussi sur des valeurs minimales nocturnes. Quand on a une combinaison de températures chaudes à la fois le jour et la nuit, qui affectent la capacité de récupération des organismes pendant la nuit, explique Samuel Morin. La canicule est définie par départements, en fonction de leur acclimatation à ce genre d'événements, leur bâti, leur vulnérabilité locale...

Samuel Morin insiste : "Aujourd'hui, on sait que indubitablement des épisodes de canicule qui se répètent de manière si régulière et si sévère, c'est la signature du réchauffement climatique. Le climat, rappelle-t-il*, c'est des statistiques, une analyse sur le temps, deux à trois décennies minimum, pour regarder l'ensemble des fluctuations. La météo, c'est regarder les événements jour après jour, le climat c'est la même chose mais sur des durées beaucoup plus longues*."

Sous l'effet de nos émissions de gaz à effets de serre, on va continuer à réchauffer la planète. À l'échéance de la moitié du XXIème siècle, on s'attend à un doublement de la fréquence et de l'intensité des canicules. Et ce qui est exceptionnel aujourd'hui pourrait devenir la norme dans quelques décennies.

La chaleur a des causes

Mickaël Correïa s'intéresse aux premiers grands pollueurs à travers le monde. Notamment Saudi Aramco, premier pollueur mondial et entreprise la plus rentable au monde. Il y a aussi China Energy ou encore Gazprom, premier producteur de gaz fossiles dans le monde, dont on parle aujourd'hui du fait du conflit ukrainien, l'entreprise étant liée au clan Poutine. Le journaliste indique qu'elle émet environ 1,5 milliard de tonnes de Co2 par an, soit à peu près quatre fois ce qu'émet un pays comme la France.

Samuel Morin établit le lien entre les énergies fossiles et le réchauffement climatique. Le charbon, le pétrole, le gaz fossile sont les produits de la décomposition sur des millions d'années, à des périodes extrêmement reculées,  d'organismes marins, de végétaux... qui ont été sédimentés et se sont progressivement transformés. À l'époque où ces combustibles ont été produits, le climat terrestre était beaucoup plus chaud. Ces organismes ont séquestré du dioxyde de carbone qui était dans l'atmosphère, l'ont piégé dans des couches géologiques profondes et ont refroidi l'atmosphère. L'humanité, aujourd'hui, a réinjecté dans l'atmosphère, en quelques décennies, des quantités de carbone et de dioxyde de carbone en de telles quantités et de telle manière qu'elle nous rapproche des conditions qui prévalaient à des ères où ce carbone était dans l'atmosphère.

Mickaël Correïa s'est intéressé au greenwashing, une pratique qui selon lui, perpétue l'inaction climatique. Il donne la compensation carbone en exemple. Aramco communique beaucoup sur le fait de planter des arbres. Ils disent avoir planté plusieurs millions de palétuviers, les appelant des guerriers en première ligne de la guerre climatique. "L'arnaque" comme le dit le journaliste, est que l'urgence climatique est extrême, l'horizon étant à 2030, et un palétuvier demandant cinquante à soixante ans pour arriver à maturité et absorber du carbone.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Caroline Payen
Stagiaire
Pauline Chanu
Production déléguée
Delphine Lerner
Stagiaire
Jules Crétois
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation
Élodie Piel
Collaboration