. ©Getty - Arif Nurhakim / EyeEm
. ©Getty - Arif Nurhakim / EyeEm
. ©Getty - Arif Nurhakim / EyeEm
Publicité
Résumé

La pensée libertaire a-t-elle trop longtemps été mise au placard ? Catherine Malabou le pense, et nous en parle dans les Matins.

avec :

Catherine Malabou (philosophe, professeure de philosophie au « Centre for Research in Modern European Philosophy » à l’Université de Kingston au Royaume-Uni).

En savoir plus

Élève de Derrida et spécialiste de la philosophie hégélienne, Catherine Malabou s’intéresse  dans son dernier ouvrage à l'anarchisme dans l’histoire de la pensée philosophique. Elle pointe la manière dont des philosophes contemporains, comme Foucault ou Levinas, ont développé une pensée libertaire qui ne dit pas son nom, que ce soit par déni ou par inconscience.  

La pensée anarchiste moderne est pourtant bien-là, sous des formes diverses, répondant à des questions actuelles. Capitalisme, écologie, féminisme... L'anarchie est finalement partout et progresse dans notre société, sur Internet notamment.  

Publicité

Pourquoi l’anarchisme a-t-il été mis si longtemps au placard de la pensée  philosophique ? Qui sont les anarchistes d'aujourd'hui ? 

Nous en parlons ce matin avec Catherine Malabou,  philosophe, professeure de philosophie au « Centre for Research in  Modern European Philosophy » à l’Université de Kingston au Royaume-Uni.  Elle publie “Au voleur ! Anarchisme et philosophie” aux PUF.

L'anarchisme dans l'actualité

Les dernières actualités faisant référence à un refus de la loi résonnent comme une conception naïve de l'anarchisme. Catherine Malabou nous donne son point de vue. 

Dans le terme « anarchisme » on distingue un sens négatif et un sens positif. Si on commence par le sens négatif, c’est le chaos, la désorganisation, etc. Ce qu’on voit aujourd’hui illustre très bien ce que disaient les anarchistes classiques comme Proudhon à savoir que l’anarchisme est inscrit dans le pouvoir. Ce n’est pas quelque chose qui est extérieure et qui viendrait du dehors, c'est une désorganisation interne à l’ordre. 

Aujourd'hui, on a d'un côté un centralisme de l’État, et de l'autre, un sentiment d’abandon. D'un côté on se plaint que l’État intervient trop et d'un autre qu’on se plaint que l’État n’intervient pas assez : on n'a pas de masques, on ne peut pas aérer les salles, …

On retrouve dans cette crise ce que les anarchistes ont thématisé il y a très longtemps : la vraie anarchie, au sens négatif du terme, est inscrite dans l'exercice étatique. Le centralisme organique de l’État n’est jamais qu'une forme de désordre masqué. 

L'anarchisme se situe-t-il dans la responsabilité individuelle ? Est-ce qu’il considérerait qu’il faut laisser les individus, les groupes s’organiser ? 

C'est une demande d’autonomie, valoriser l’auto-organisation, l’entraide et plus de responsabilité horizontale en opposition à une responsabilité verticale, qui nous prive de responsabilité. On obéit tout en ayant le sentiment qu’on ne peut pas vraiment obéir parce qu'on ne sait pas exactement à quoi on obéit, et quand on obéit on n’est pas content de le faire.

Un an après l'assaut du Capitole : Trump est-il un anarchiste ?

Catherine Malabou qualifie Donald Trump d'anarchiste libertarien, ce qui s'inscrit selon elle dans l'anarcho-capitalisme. 

C'est une idée selon laquelle l’État est un ennemi car il nous empêche de développer nos capacités d’investissements économiques, en particulier par la levée des impôts. Ça commence donc par la critique des impôts et des taxes. Ça passe aussi beaucoup par l'utilisation du cyber-anarchisme, du cryptomonnaie etc.  

Vous avez une contradiction entre, d'un côté, une verticalité très autoritaire - Trump c’était le cas - et d'un autre côté un anarchisme de fait, c’est-à-dire : « débrouillez-vous, vous êtes libres, organisez-vous comme vous voulez, ne payez pas d’impôts, faîtes des transactions économiques sans passer par les banques, … »

Je crois qu’aujourd’hui il y a une co-existence entre un anarchisme de fait, à savoir l'extension de l’anarcho-capitalisme et ce que j’appelle l’anarchisme d’éveil, c’est-à-dire des mouvements politiques contestataires. 

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation
Valentin Denis
Stagiaire