Des manifestants libanais célébrant la démission du premier ministre Saad Hariri à Sidon le 29 Octobre 2019.
Des manifestants libanais célébrant la démission du premier ministre Saad Hariri à Sidon le 29 Octobre 2019. ©AFP - MAHMOUD ZAYYAT
Des manifestants libanais célébrant la démission du premier ministre Saad Hariri à Sidon le 29 Octobre 2019. ©AFP - MAHMOUD ZAYYAT
Des manifestants libanais célébrant la démission du premier ministre Saad Hariri à Sidon le 29 Octobre 2019. ©AFP - MAHMOUD ZAYYAT
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La rue a eu raison du premier ministre libanais qui a hier présenté sa démission. Ce départ s’inscrit dans un contexte de contestation des pouvoirs en place aux quatre coins de la planète. La colère des peuples va-t-elle tout emporter sur son passage ?

Avec
  • Bertrand Badie Politiste, spécialiste des relations internationales
  • Sofia Amara Grand reporter, réalisatrice, spécialiste du Proche-Orient basée à Beyrouth.

La démission hier du premier ministre libanais Saad Hariri plonge un peu plus le pays dans l’incertitude. Plus largement, l’irruption de nombreux foyers de mécontentement dans la région et dans le monde rebat les équilibres géopolitiques. Assiste-t-on à un affaiblissement généralisé des États, minés par des contestations internes ? Comment articuler ces crises avec la recomposition des rapports de force internationaux ? 

Pour en parler, nous recevons aujourd’hui Bertrand Badie, expert en relations internationales, professeur émérite des universités à Sciences Po Paris, et auteur de “L’hégémonie contestée” (Odile Jacob), et Sofia Amara, grand reporter, réalisatrice, spécialiste du Proche-Orient basée à Beyrouth, auteure de “Baghdadi, calife de la terreur” (Editions Stock).

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La contestation populaire au Liban

Il faut pour le moment rester prudent sur les effets réels de la révolte de la rue : 

C’est à la fois inespéré et inquiétant. Depuis la fin de la guerre civile nous n’avions jamais vu un tel mouvement citoyen populaire, c’est le point positif, mais le Hezbollah est entré en action pour tenter de remettre de l’ordre.  Sofia Amara

Sofia Amara souligne le rôle de l'Iran dans cette crise, qui cherche à mettre un terme aux contestations par le biais du Hezbollah : "L'influence de l’Iran empêche que les manifestants obtiennent ce qu’ils réclament."

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Comment comprendre la multiplication des foyers de mécontentement ?

Un motif général semble se dessiner dans les révoltes simultanées qui secouent le monde :

Il y a un phénomène qui transcende les cas particuliers, il y a un mouvement qui s’empare de la planète : l’intersocialité remplace l’international. On voit un politique attaqué partout et un social qui se caractérise par une extrême dureté. Bertrand Badie

"La difficulté à laquelle se trouve confronté le politique c’est le décalage entre le politique et le social. C’est particulièrement net dans les sociétés décolonisées qui se sont vues imposer des institutions par l’étranger. Mais ce décalage se retrouve bien au-delà de ces sociétés." Bertrand Badie

La mort d'Al-Baghdadi et le désengagement américain dans la région

L'exécution du chef de l'organisation État Islamique est plus une victoire symbolique pour l'administration américaine qu'un événement qui change véritablement la donne : 

Daesh continue, il y a déjà 5 noms qui circulent pour prendre la place de Baghdadi. Mais le fait qu’il ait été tué est quand même une victoire symbolique pour les États-Unis.Sofia Amara

"C’est un acte de communication politique au moment où M. Trump n’a jamais été autant critiqué pour son retrait au Proche-Orient." Bertrand Badie

Revue de presse internationale
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La perte d'influence américaine au Proche-Orient est symptomatique d'une bascule plus large vers un monde où l'hégémonie est mise en échec :

Nous sommes arrivés dans un monde où l’hégémonie est mise en échec et où la contestation de l’hégémonie l’emporte. [...] Le temps de l’hégémonie est fini. Bertrand Badie

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