Messe lors de la Conférence des évêques de France (Lourdes, 2 novembre 2021) ©AFP - Valentine Chapuis
Messe lors de la Conférence des évêques de France (Lourdes, 2 novembre 2021) ©AFP - Valentine Chapuis
Messe lors de la Conférence des évêques de France (Lourdes, 2 novembre 2021) ©AFP - Valentine Chapuis
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Résumé

Réunis pendant sept jours à Lourdes, les évêques de France sont particulièrement attendus à l’issue de leur conférence saisonnière.

avec :

Céline Béraud (sociologue, directrice d’études à l’EHESS), Patrick Goujon.

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Réunis pendant sept jours à Lourdes, les évêques de France sont particulièrement attendus à l’issue de leur conférence saisonnière. Le rapport de la CIASE paru le 5 octobre dernier, révélant l'ampleur des crimes sexuels au sein de l’Église a su faire entendre les problèmes internes de l’institution tout en proposant des pistes de réforme. 

À défaut d’une réaction claire depuis le rapport de la CIASE, des décisions fortes sont attendues au cours de cette conférence épiscopale. Des excuses officielles de l’Église, la reconnaissance du statut des victimes et leur indemnisation, sont autant d’annonces que les associations laïques attendent de ce rassemblement.  

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L’institution religieuse est-elle prête à se reconnaître une responsabilité ? De la place des femmes dans l’Église à la conception de la sexualité, des réformes sont-elles possibles ?

Nous en parlons ce matin avec Céline Béraud et Patrick Goujon

Céline Béraud est sociologue, directrice d’études à l’EHESS. Autrice de « Le Catholicisme français à l'épreuve des scandales sexuels » (Seuil, 2021).

Patrick Goujon est jésuite, professeur d’histoire de la spiritualité et de théologie dogmatique au Centre Sèvres, rédacteur en chef des “Recherches de Science Religieuse”. Auteur de “Prière de ne pas abuser” (Seuil).

La responsabilité de l’Église catholique

Dans le rapport de la CIASE, Jean-Marc Sauvé indique que « si la culpabilité relève de l’agresseur seule, la responsabilité est ecclésiale ».

Il y a souvent une minimisation des agresseurs sur les crimes qu’ils ont commis. Comme c’est l’Église dans son ensemble avec des personnes qui se sont succédées, il est évidemment que c’est l’Église qui est responsable de ce nombre de victimes. Ces victimes n’ont pas eu lieu sans responsable. Dans le rapport Sauvé il est dit que cette reconnaissance de responsabilité n’est pas à comprendre en lien avec des fautes personnelles. On ne demande pas aux évêques de se déclarer coupables. Ces distinctions aideront les victimes, ce sera la seule véritable réparation. Si l’agresseur minimise ou ne reconnaît pas, et si les responsables ecclésiales n’assument pas, les victimes sont face à un mur. Patrick Goujon

Il faut comprendre que la question de la responsabilité divise les évêques. C’est un des points de résistance. Il y a ceux qui sont prêts à assumer collectivement ces responsabilités pour des actes présents et passés. Et il y a le refus de certains évêques d’assumer collectivement la responsabilité d’acte qui ont pu avoir lieu avant même qu’ils soient en fonction. Céline Béraud

Quelles réparations pour les victimes ? 

Alors qu'une indemnisation forfaitaire a été évoquée, Patrick Goujon se dit contre : 

Ce qui est important c'est le préjudice subi, il faut entendre chaque témoignage de victime car le préjudice n’est jamais le même. Le risque d’une tarification est qu’on s’abrite derrière l’argent pour ne pas reconnaître ce qui s’est passé. Ce qu'on attend, c’est de reconnaître que ce qui est central ce sont les victimes et les préjudices subis, et non pas la nature de l’agression. Patrick Goujon

Il y a bien évidemment une question d’argent et ce n’est pas une mince affaire quand on voit l’état financier des diocèses actuellement, mis à mal par la crise sanitaire et la suspension du culte. Tout ça dans un contexte de baisse tendancielle depuis 2018 du montant du denier de l’Eglise, contribution volontaire des fidèles. 2018, ce n’est pas un hasard car c’est exactement au moment où commence à éclater les scandales sexuels dans le catholicisme français. C'est aussi lié au vieillissement et au non renouvellement des catholiques qui effectuent ce type de don. Céline Béraud

Les limites des enquêtes canoniques

Patrick Goujon raconte l'enquête qui a suivi le signalement émis contre le prêtre qui l'a abusé de ses 7 à 11 ans :

J’ai fait un signalement à l’évêque qui a fait un signalement au procureur canonique. L’Église engage une enquête préliminaire qui est confiée à l’évêque du diocèse dans lequel les faits ont eu lieu. Ce sont les confrères qui enquêtent sur un autre confrère et vous n’avez aucun recours, aucune représentation. À la fin c’est l’évêque qui décide de la sanction. Donc on est dans un vase clos et il n’y a pas de justice. Patrick Goujon

Quand j’ai appris que deux prêtres, dont un qui était mon père spirituel, allaient m’interroger j’ai écris à Rome pour avoir une autre procédure, notamment pour être interrogé par des laïcs et on m’a dit que c’était impossible. Donc il y a des verrous et même s’il y a une bonne foi, ça ne suffit pas. Ça ne permet pas d’entendre une victime. Patrick Goujon

Quand on voit les préconisations du rapport Sauvé, il y en a qui relève des victimes et leur prise en charge. Il y a un autre pan qui est plus large puisqu’il touche aux modalités de l’exercice de l’autorité dans le catholicisme. Donc des questions qui relèvent du noyau dur de l’Église : le rapport entre les prêtres et les laïcs, la place des femmes, les normes relatives à la sexualité, .. un champ énorme aux regard des enjeux que cela représente pour le catholicisme français. Céline Béraud

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
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Production
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Pauline Chanu
Production déléguée
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation
Valentin Denis
Stagiaire