Un ouvrier utilise une machine sur une ligne de production de smartphones, le 20 juillet 2022, dans la province du Guangdong en Chine.
Un ouvrier utilise une machine sur une ligne de production de smartphones, le 20 juillet 2022, dans la province du Guangdong en Chine. ©AFP - JADE GAO / AFP
Un ouvrier utilise une machine sur une ligne de production de smartphones, le 20 juillet 2022, dans la province du Guangdong en Chine. ©AFP - JADE GAO / AFP
Un ouvrier utilise une machine sur une ligne de production de smartphones, le 20 juillet 2022, dans la province du Guangdong en Chine. ©AFP - JADE GAO / AFP
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L'inflation des prix et de l'énergie ainsi que le changement climatique placent la macroéconomie au centre de la gestion des crises. Pour en parler, les économistes Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, et Jean Tirole, Nobel d'économie 2014, qui présentent "Les Grands Défis économiques".

Avec
  • Olivier Blanchard
  • Jean Tirole Economiste distingué notamment par le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, président honoraire de la Toulouse School of Economics, directeur d’études à l’EHESS

Entre la crise énergétique qui frappe l’Europe, une inflation galopante, des confinements à répétition en Chine, les rouages de l’économie mondiale semblent se gripper un par un. Les deux économistes ont dégagé trois défis existentiels à venir pour l’économie mondiale : le changement climatique, les inégalités et l’évolution démographique. Si nous ne les relevons pas, nous mettons en péril l’avenir de nos sociétés. Et pourtant, les gouvernements ne cessent de repousser l’heure des décisions. La question est donc simple : comment faire adopter des solutions nécessaires mais coûteuses et sans retombées positives immédiates ?

Un climat d'inquiétude mondiale à relativiser

Olivier Blanchard et Jean Tirole se montrent rassurants au regard de la situation économique actuelle. Pour le premier, l'inflation va disparaître, les taux vont revenir à des niveaux raisonnables. A court terme, "il ne faut pas exagérer" les problèmes auxquels les sociétés font face, notamment en France. Pour le second, il faut se rendre compte que les réels défis se pensent davantage dans le long terme que dans le court terme.

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Interrogés sur la concurrence au sein du marché de l'énergie, les conséquences de la guerre entre l'Ukraine et la Russie, les deux auteurs optent pour un discours mesuré : "la France est un pays riche où l'Etat est lourd et où il protège" insiste Olivier Blanchard. Pour lui, il faut que les Français se rendent compte que, en comparaison avec d'autres pays, la situation n'est pas catastrophique, comme en atteste l'augmentation du prix de l'électricité qui reste modérée par rapport au voisin italien. Jean Tirole insiste lui aussi sur la place de l'Etat et sur son devoir de réguler : "Le rôle de l'Etat n'est pas d'intervenir dans tout, (...) ce qu'il doit faire c'est réguler les banques, réguler les industries, le droit de la concurrence, redistribuer, et préparer l'éducation".

Réfléchir aux mesures pour faire face aux défis

Pour faire face aux trois grands défis analysés par les deux économistes, Olivier Blanchard insiste sur l'importance et la nécessité de la concertation. Jean Tirole déplore le fait que depuis le Sommet de Rio, en 1992, rien n'a bougé : "il faut responsabiliser les entreprises, les administrations et les individus à l'impact qu'ils ont sur le climat avec l'utilisation des énergies fossiles". Pour le prix Nobel d'économie de 2014, les mesures comme le bouclier tarifaire ou une éventuelle taxe carbone ou devraient être calculées en fonction des ressources de chacun, de manière graduelle : "aujourd'hui, on compense tout le monde [sans distinction de revenus], cela peut être dangereux".

Dans le cas de la France, même si les inégalités sont moins visibles qu'ailleurs en termes de chiffres, il ne faut pas pour autant laisser cette question de côté : "ce n'est pas parce qu'on fait bien, qu'on ne peut pas faire mieux" souligne Olivier Blanchard. Au regard de la réduction des inégalités, "les deux gros leviers sont l'éducation et la transmission des patrimoines financiers" reprend l'ancien chef économiste du FMI et professeur émérite du MIT. La France est "parmi les dernieren matière d'éducation [pour l'égalité des chances]" renchérit Jean Tirole malgré des écoles publiques de bon niveau et un coût faible des universités.

Quant à l'héritage, l'ancien chef économiste du FMI insiste sur la réflexion qui a été menée sur le sujet lors de la commission préparant au rapport : "C'est un peu utopique" mais "chacun de nous pourrait mesurer au cours de sa vie ce qu'il reçoit [...] en termes financiers. Quand on arrive à un certain seuil, par exemple 200 ou 300 000 euros, sur chaque euro supplémentaire, dix centimes pourraient être reversés à des aides aux plus défavorisés. C'est une manière de comprendre qu'il faut faire un transfert."

Sur l'éolution démographique, notamment sur le vieillissement, Jean Tirole identifie deux enjeux : la refondation générale du système de retraite en faisant en sorte que la "transition" soit la plus douce possible pour tous, et l'équilibre de ce système pour qu'il soit stabilisé, par exemple en indexant les retraites sur les salaires. Pour Olivier Blanchard ce défi pose surtout la question du " contrat social entre les générations ".

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