Vue sur le lac Avachinska, sur la péninsule de Kamchatka, en RussieRussia ©Getty - Wolfgang Kaehler
Vue sur le lac Avachinska, sur la péninsule de Kamchatka, en RussieRussia ©Getty - Wolfgang Kaehler
Vue sur le lac Avachinska, sur la péninsule de Kamchatka, en RussieRussia ©Getty - Wolfgang Kaehler
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Résumé

Spécialiste du Grand Nord, l'anthropologue Nastassja Martin s'est rendue sur la péninsule de Kamchatka auprès d'une famille évène qui a décidé, à la fin des années 1980, de repartir s'installer en forêt pour récréer un mode de vie fondé sur la pêche, la chasse et la cueillette.

avec :

Nastassja Martin (Anthropologue diplômée de l’EHESS et spécialiste des populations arctiques.).

En savoir plus

Guillaume Erner s'entretient avec Nastassja Martin, anthropologue, autrice des Âmes sauvages. Face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska (La Découverte, 2016). Après l'Alaska, elle revient aujourd'hui sur son expérience aux confins de la Russie dans A l'est des rêves (La Découverte, 2022).

Réinventer "une économie de vie basée sur la chasse, la collecte et la cueillette"

L’anthropologue explique que le début du processus d’effondrement de l’URSS en 1989 fait revenir une partie des communautés évènes vers un mode de vie fondé sur la relation à la nature. : "il y a vraiment cette idée que, pour survivre, il fallait renouer des relations concrètes, c’est-à-dire quotidiennes, incarnées, avec tous les êtres d’un milieu donné." Cela passe notamment par une prise de distance avec les processus d’assimilation mis en place par la Russie du temps de l’ère soviétique, pour commencer une existence communautaire plus autonome.

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Les Evènes, privés de leurs rennes passés aux mains d'entreprises privées, ont dû réinventer un modèle de société fondé "sur les pratiques de braconnage, vecteur économique principal", ainsi que sur "la pêche du saumon, la chasse et le troc". Un certain nombre de changements structurels déstabilisent toutefois les tentatives de retour à ce mode de vie, dont le dérèglement climatique qui provoquent des incendies, des crues ou des écarts de température très importants au cours d’une même saison.

Pour la chercheuse, "réinventer une économie basée sur la chasse, la collecte et la cueillette est sous-tendu par le surgissement des pratiques du rêve", caractéristiques des communautés Evènes. Elle essaye notamment "de proposer une typologie des rêves" dans son livre, car "la nuit est ce moment où, pour les Evènes, l’on n’est pas empêtrés dans nos corps". Ils ont ainsi le loisir de faire des rencontres "autres qu’humaines" qui déposent en eux "des dispositions, des qualités" qui vont les aider à "orienter (leurs) actions" et se traduire très concrètement dans la manière de vivre quotidiennement.

1h 00

Affirmer la culture animiste

Ces rencontres rêvées avec tous les êtres vivants d’un même milieu poussent les Evènes à adopter un certain nombre de pratiques très concrètes selon Nastassja Martin. Par exemple, "lorsque l’on tue un ours, on tourne son visage vers l’est" pour "éviter que son âme ne nous regarde partir et pour éviter qu’elle ne nous poursuive".

La représentation d'une nature "sur laquelle on peut agir comme bon nous semble n’existe pas" dans ces territoires du grand Nord, explique-t-elle. Il s'agit davantage d'un système de valeurs basé sur "des ontologies relationnelles », à savoir "des manières d’être au monde" par le prisme de la relation au vivant et à toutes ses formes. Nastassja Martin prend l’exemple lointain des Evènes mais considère le phénomène de la distanciation à la nature comme global : "à l’heure actuelle en France, (…) de plus en plus de collectifs (…) sont en souffrance parce que les relations avec les autres qu’humains sont invisibilisées". Elle cite ainsi "les agriculteurs, éleveurs, bergers" auprès desquels il faudrait "ouvrir un espace pour que (leurs) voix soient entendues" après qu’elles aient été marginalisées pendant longtemps au sein de nos sociétés modernes.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Lucas Bretonnier
Production déléguée
Élodie Piel
Collaboration
Roxane Poulain
Collaboration
Audrey Dugast
Collaboration
Charlotte Geoffray
Collaboration
Théo Bessard
Collaboration