Joann Sfar, dessinateur, peintre et réalisateur, assiste à l'exposition « Sfar – Dali, une seconde avant l'éveil », le 8 septembre 2016 à Paris. ©Getty - Foc Kan/WireImage
Joann Sfar, dessinateur, peintre et réalisateur, assiste à l'exposition « Sfar – Dali, une seconde avant l'éveil », le 8 septembre 2016 à Paris. ©Getty - Foc Kan/WireImage
Joann Sfar, dessinateur, peintre et réalisateur, assiste à l'exposition « Sfar – Dali, une seconde avant l'éveil », le 8 septembre 2016 à Paris. ©Getty - Foc Kan/WireImage
Publicité
Résumé

Joann Sfar, à la fois dessinateur, graphiste, peintre et réalisateur, est l'invité des Matins à l'occasion de la parution de deux nouvelles bandes dessinées : "La Synagogue" et "On s’en fout quand on est mort". L'auteur raconte son art du dessin, ses influences et ses grands thèmes de prédilection.

avec :

Joann Sfar (Dessinateur, auteur de bande dessinée, et réalisateur).

En savoir plus

"La Synagogue" : une adolescence à Nice dans les années 1980

J’ai passé l’âge de me demander si ce que j’écris ou ce que je raconte va plaire ou va déplaire. Quand le désir de séduire par vos livres vous quitte, vous êtes enfin libre d’écrire ce que vous voulez. Je n'ai jamais cherché la bagarre en écriture, je sais que ça ne sert à rien, mais l’envie de me taire, ça m’a passé oui.” explique Joann Sfar, auteur de La Synagogue, Editions Dargaud, 2022 et d'On s'en fout quand on est mort, Editions Gallimard jeunesse, 2022.

Une autobiographie inspirée par le Covid-19

Cette bande dessinée, Joann Sfar en a eu l'idée, l'envie après son séjour à l'hôpital à cause du Covid-19 : “C’est un album sur le combat. (...) Le docteur qui est venu me voir, le seul truc qu'il me dit, c'est : 'Battez-vous'. J’ai trouvé ça complètement absurde, et ça a réveillé en moi tous les souvenirs de combat de mon adolescence." Il raconte alors son père, le rapport de ce dernier à la masculinité, à la bagarre : “Le paradoxe de mon père c’est qu’il était contre la violence en politique, et que dans la vie, il se bagarrait dès qu’on s’approchait de sa voiture.”

Publicité

Mais dans cette autobiographie, le dessinateur raconte surtout Nice. Alors qu’il n’a jamais mis un pied en Algérie, il évoque son plaisir à dessiner et écrire sur une ville qu’il connaît par cœur : “Par contre Nice, c’est mon terroir. Et le plaisir de faire une bande dessinée où je connais chaque rue, où je connais chaque endroit, où je peux placer les gens, les choses... Il y a une typologie niçoise, je me suis vautré avec délectation dans cet album. Il y a une volonté d’exploration d’une terre, qui est déjà du roman historique.”

Spectateur de la montée de l'extrême droite

Le graphiste, peintre et réalisateur indique que finalement, "le sujet de mon livre*, c’est ça. Tant que c’était des skinheads, ça ne dérangeait personne, le jour où ça devient les papis et les mamies, là ça devient un danger national*.” lorsqu'il évoque la montée de l'extrême droite à laquelle il a assisté dans le sud de la France.

Dans La Synagogue, le dessinateur a voulu revenir sur la vie de la communauté juive en France, des années 1980 à aujourd'hui : “J’essaie de raconter une permanence des violences antijuifs, et j’essaie de faire comprendre ce que c’est que de vivre en prière sous protection policière depuis quasiment toujoursJe suis très reconnaissant aux néonazis de mon enfance qui ressemblaient à des néonazis, c’était très agréable, ils avaient des croix gammées, on savait qui c’était. Aujourd’hui, j’ai l’impression que la haine des Juifs est devenue un ciment consensuel du militantisme politique, d’où qu’il vienne, et on ne la voit souvent même pas décodée.”

Pour Joann Sfar, le discours politique actuel ne se rend pas compte des dérives qui l'habitent. Il décrit notamment l'utilisation de "rhétoriques maurrassiennes" d'un bout à l'autre du spectre politique, que certains font sans même s'en rendre compte, ce qui représente un danger : “tout le spectre politique français va se nourrir chez Maurras, dans sa germanophobie, dans sa haine larvée de complots imaginaires, et ce n'est même plus décodé. Les jeunes générations ne savent même pas qu’ils régurgitent un sabir d’extrême droite des années 1930.”

A côté de la BD, les carnets

Joann Sfar ne se sépare jamais de son carnet dans lequel il écrit et dessine son quotidien : “le carnet c’est une forme que je tiens depuis mon adolescence où j’essaie de raconter correctement ce qu’il m’arrive, donc c’est un exercice de narration, d’écriture. (...) Il y a l’idée du dessin d’après nature, du récit d’après nature.” On s'en fout quand on est mort, publié aux Editions Gallimard jeunesse, met en forme les carnets qu'il a tenus en parallèle de l'écriture de La Synagogue. Des moments de sa vie dont il s'inspire ensuite pour l'écriture, la peinture et la réalisation.

Professeur aux Beaux-Arts

Une partie du livre On s'en fout quand on est mort s'intéresse à l'atelier que l'auteur anime depuis six ans aux Beaux-Arts. Être prof, explique le dessinateur, “ça me soigne contre toutes les bêtises qu’on dit sur les jeunes générations, quand on les traite de wokistes, de ceci, de cela, ils sont tous beaucoup plus malins qu’on croit, beaucoup plus complexes. (…) On ne peut pas les résumer en quelques mots.” Il ne prend pas parti et pose simplement les débats qui ont cours et qui reflètent, selon lui, la société : “Les conflits qui ont lieu au sein des Beaux-Arts sont passionnants, à mon avis, ils disent notre société, et on ne sait jamais s’ils sont futiles ou essentiels.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Lucas Bretonnier
Production déléguée
Élodie Piel
Collaboration
Roxane Poulain
Collaboration
Audrey Dugast
Collaboration
Charlotte Geoffray
Collaboration
Théo Bessard
Collaboration