UN SURVEILLANT SE TIENT PRÈS DE CELLULES DANS LA SALLE DE RÉPARTITION DES NOUVEAUX DÉTENUS DU CENTRE PÉNITENTIAIRE DE FLEURY-MÉROGIS, LE 15 SEPTEMBRE 2021. ©AFP - LUDOVIC MARIN
UN SURVEILLANT SE TIENT PRÈS DE CELLULES DANS LA SALLE DE RÉPARTITION DES NOUVEAUX DÉTENUS DU CENTRE PÉNITENTIAIRE DE FLEURY-MÉROGIS, LE 15 SEPTEMBRE 2021. ©AFP - LUDOVIC MARIN
UN SURVEILLANT SE TIENT PRÈS DE CELLULES DANS LA SALLE DE RÉPARTITION DES NOUVEAUX DÉTENUS DU CENTRE PÉNITENTIAIRE DE FLEURY-MÉROGIS, LE 15 SEPTEMBRE 2021. ©AFP - LUDOVIC MARIN
Publicité
Résumé

Que ferions-nous si nous nous retrouvions en prison ? C’est la question que se pose Mathieu Palain et la réponse est donnée par Dominique Simonnot.

avec :

Dominique Simonnot (Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté), Mathieu Palain (journaliste, romancier.).

En savoir plus

Le prix Interallié a été décerné mercredi 17 novembre à Mathieu Palain pour son livre sur un athlète parti en prison pour vols, "Ne t'arrête pas de courir" (éditions de l'Iconoclaste). Il était venu aux Matins de France Culture expliquer son choix de raconter la vie de Toumany Coulibaly.

Que ferais-je si je me retrouvais en prison ? C’est la question que se pose Mathieu Palain en écrivant le récit de Toumany Coulibaly, ancien champion de France d'athlétisme, incarcéré pour vols et cambriolages. Plus que le témoignage - presque classique - de la descente aux enfers d’un enfant de banlieue intelligent et talenteux, Ne t’arrête pas de courir est l’occasion pour Mathieu Palain de se demander : Comment arrive-t-on là où nous sommes ?

Publicité

Le choix de raconter la vie de Toumany Coulibaly n'est pas un hasard pour le journaliste qui régulièrement dans sa carrière aura documenté la vie en prison et rencontré des détenus et anciens détenus, de la Normandie aux États-Unis. C'est donc d’un œil de connaisseur que Mathieu Palain nous fait entrer dans les enceintes des prisons et l’intimité des parloirs. 

Un récit qui tend donc à sensibiliser les conditions de vie en incarcération, en écho à la publication mardi 21 septembre dans le Journal Officiel, des dernières recommandations de la Controleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot. Elle nous rejoindra en deuxième partie pour présenter son état des lieux des centres d’incarcération en France pendant la pandémie.  

Mathieu Palain est journaliste et auteur de Ne t’arrête pas de courir (L’Iconoclaste, 2021) et de Sale Gosse (L’Iconoclaste, 2019).

Dominique Simonnot est contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.

L'histoire d'un athlète-voleur

Mathieu Palain, vous êtes journaliste et vous rencontrez Toumany Coulibaly, qui est coureur. C'est un athlète complet, qui a une caractéristique : il vole, et retombe sans cesse en prison. Comment l'avez-vous découvert, et pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce travail d'écriture ?

Je l'ai découvert presque par hasard, en lisant le journal, dans un des nombreux articles écrits sur lui. Il n'était pas montré dans sa meilleure posture : dans un tribunal correctionnel, jugé pour un énième cambriolage. Quelque chose dans les mots qui lui étaient attribués m'a touché : il s'adressait non pas aux juges, mais aux journalistes, en disant : "je sais que vous faites votre travail, mais s'il vous plaît, faites attention à ce que vous écrivez, car mon fils aîné vient d'apprendre à lire, et ça va lui faire du mal". Mathieu Palain

Cette petite phrase, associé à son profil étonnant de voleur multirécidiviste membre de l'équipe française d'athlétisme, et le fait qu'il ait le même âge que moi, grandi au même endroit que moi, tout cela a fait que je lui ai écrit une lettre, de façon spontanée : "on ne se connaît pas, donc on va se vouvoyer, je suis journaliste, mais j'ai l'impression que je serais en capacité de vous comprendre". Avec le recul, c'était immodeste, mais j'avais une forme d'empathie immédiate qui me donnait envie de le rencontrer. Mathieu Palain

Son histoire, c'est donc celle d'un garçon né dans une famille très nombreuse. On découvre sur le tard qu'il a un talent pour courir le 400 mètres.

Je suis un sportif raté, donc cela m'impressionne toujours de voir des gens qui sont dans le sport comme ce qu'on appellerait des virtuoses en musique. En sortant de Fleury-Mérogis, il découvre Usain Bolt et se dit qu'il peut le battre. Tout de suite, il intègre l'Equipe de France, en étant à 21 ans un sprinteur qui explose aux yeux de tous. Mathieu Palain

Il se rend compte que l'athlétisme, à la différence du football, ne change pas sa vie. La propension au vol, qu'il avait en lui depuis longtemps, ne part pas. Mathieu Palain

La situation des prisons

On a parlé de la prison pendant la pandémie, dit qu'il y avait eu des libérations anticipées et donc moins de monde. Aujourd'hui, quelle est la situation dans les prisons ?

C'est à nouveau catastrophique dans les maisons d'arrêt, puisque malgré les libérations du printemps 2020, malgré la mise à l'arrêt de l'activité judiciaire et de l'activité délinquante, maintenant, à raison de 1 000 entrées par mois, on doit être vers les 70 000 détenus, alors qu'on était à 72 000 en janvier 2020 quand les libérations anticipées ont commencé. On revient donc à la situation catastrophique d'avant. Dominique Simonnot

Est-ce que quelque chose a quand même changé entre-temps, ou bien est-ce qu'on est exactement dans la même situation alarmante qu'avant ?

Non, c'est alarmant, c'est horrible de se dire que cela n'a pas enclenché une réflexion en se disant que les prisons étaient mieux gérées à la fois pour les détenus et les travailleurs. Il faudrait que cesse l'idée, en France, que la seule peine qui vaille, c'est la prison. C'est une idée très judéo-chrétienne : il faut flétrir les corps, il faut que tu souffres. Dominique Simonnot

L'expérience de Toumany Coulibaly en prison

Pour autant, pour Toumany Coulibaly, il semble que la prison a fait office de point d'arrêt de ce mouvement compulsif de vol ?

Il a pu faire quelque chose de sa peine, alors que la prison peut être un trou vide, ce qui fait que généralement on en sort plus abîmé qu'on y est rentré. Toumany n'était pas dans une maison d'arrêt, c'est-à-dire dans un établissement où l'on est enfermé 24h/24 avec d'autres détenus parce que l'on est en attente de jugement ou en peine courte. Comme il a eu une peine longue, Toumany a pu aller au Centre pénitentiaire du 77, où il avait une cellule individuelle et accès au travail, aux activités sportives... Alors que j'avais l'impression que la prison abîmait les gens, pour lui, j'ai l'impression que cela l'a aidé à réfléchir et peut-être à aller mieux. Mathieu Palain

Tout dépend de la personne en question, et des gens sur qui l'on tombe. La pénitentiaire s'est progressivement ouverte sur l'extérieur : il y a des intervenants qui viennent, qui enseignent des choses. Mais c'est aussi un univers violent. Tout est affaire de rencontres. Dominique Simonnot

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Valentin Denis
Stagiaire
Vivien Demeyère
Réalisation