François Sureau
François Sureau
François Sureau - Francesca Mantovani ©Editions Gallimard
François Sureau - Francesca Mantovani ©Editions Gallimard
François Sureau - Francesca Mantovani ©Editions Gallimard
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Résumé

Avec le nouvel allègement des restrictions sanitaires, le gouvernement a pris un décret prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, qui pose la question du retour des libertés publiques.

avec :

François Sureau (écrivain, poète, membre de l’académie française).

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Avec l’allègement des restrictions sanitaires, le gouvernement a pris de nouvelles mesures de gestion de sortie de crise. Pass sanitaire, utilisation de l’application TousAnticovid… autant d’éléments qui interrogent sur le retour des libertés publiques, qui se fait attendre. Renouer avec la vie quotidienne passera-t-il par plus ou moins de libertés ? A-t-on délaissé notre amour pour l’État de droit ? Quel est le rôle d’un écrivain dans ces temps troublés ?

François Sureau, écrivain, poète, membre de l’académie française. Auteur de "Ma vie avec Apollinaire", Gallimard. 

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Liberté, égalité, efficacité ? 

François Sureau donne son avis sur la question de l'obligations pass sanitaires :

En termes de liberté, je suis contre mais le sujet n’est plus là. Cela fait 10 ans qu’on assiste au recul des libertés au nom de l’efficacité. Les libertés reculent mais nous ne sommes pas plus efficaces. Quand comprendra-t-on que ce genre de réflexion sont des impostures ? "On ne peut pas être à la fois libre et efficace" : vous vous rendez compte du caractère de ce choix ?

La gifle des humiliés à Macron 

L'individu reconnut coupable d'avoir tenté de gifler Emmanuel Macron lors d'un bain de foule, a été condamné à 18 mois de prison donc quatre ferme. François Sureau voit dans cet acte un signe de la France coupée en deux. 

Je trouve ça évidemment navrant mais c’est l’ensemble qui l’est. Le pays est devenu d’une moitié la République de la gifle et de l’autre la République du Spritz où les ministres en terrasse nous expliquent que l'apéritif est ce qui fait notre nation. Un mélange du ressentiment, souvent justifié, des gens et la platitude du gouvernement. 

L’important est de réfléchir à ce qui l’a conduit là. C’est une disparition de la politique. On ne gifle pas le chef de l’État quand il y a un État. Nos mythes fondateurs sont des mythes violents : la Terreur, la Commune, la Bastille, … En France, l’acte violent ne fait pas l'objet d’une réprobation radicale. On a l'impression que la politique se dissout dans la communication et donc la frontière entre la politique sacrée et la vie quotidienne s’est tenue. 

De l'utilité de l'Académie française et de la littérature

La cérémonie d'intronisation de François Sureau à l'Académie française s'est déroulée la vieille lors d'une séance privée. Après une longue carrière de haut-fonctionnaire et d'avocat, le désormais académicien s'interroge sur l'utilité effective des institutions politiques et judiciaires, par rapport à l'Académie française. 

L’Académie ça ne sert à rien, mais elle le fait très bien. Elle représente quelque chose, le fait que nous restons une nation où rien n’est plus important que la littérature. La littérature ce n’est pas accepter l’ordre des choses. Un écrivain c’est quelqu'un qui ne s’y fait pas. 

Hier j’étais sur le fauteuil de La Fontaine. Évidemment je ne suis pas La Fontaine mais il y a quelque chose de magique, enfin enfantin. 

Je suis entré dans la fonction publique parce que j’ai lu Stendhal. Puis j’ai lu Kessel et je me suis engagé dans les armées. Puis je me suis ennuyé et j'ai lu L’Argent d’Emile Zola. La littérature m’a permis d’exercer la vie. J’aurai passé ma vie dans cet aller-retour qui me convient. 

Hommage à Apollinaire

François Sureau rappelle qu'Apollinaire aurait aimé entrer à l'Académie française, après une vie à vivre ses origines étrangères comme une source d'humiliation et de rejet. 

Apollinaire est à la fois le soldat amoureux de la douce France et celui qui défend aussi le cubisme malgré tout. Il est mélancolique mais il ne concède rien à l’esprit victimaire. C’est un prodigieux exemple d’amour et d’énergie. 

Ce qui me paraît constitutif de son être c’est le rapport enthousiaste et confiant au monde qui n’était pas facile. Le monde de l'irruption n’était pas facile. Apollinaire le prend pour ce qu'il est et y envoie une incroyable charge esthétique et émotionnelle. Apollinaire considère avec amitié toutes les formes, même les plus prosaïques pour inventer quelque chose. 

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Jules Crétois
Collaboration
Élodie Piel
Collaboration
Léa Capuano
Collaboration
Pauline Chanu
Production déléguée
Vivien Demeyère
Réalisation